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Christian
Dauriac, actuel directeur du développement
numérique de France 3 est un spécialiste reconnu
de l'information télé de proximité. C'est
aussi un observateur attentif des médias, créateur
au début des années 90 du magazine " décryptages
". C.D. a assuré l'intérim de la direction
de l'information de la chaîne publique en 1999-2000.
Pensez-vous
qu'il y ait eu des évolutions notables dans le traitement
télévisuel par rapport à ce qui avait
été reproché aux chaînes et aux
rédactions lors des conflits précédents ?
Prenons
les évènements les uns après les autres.
Pour ce qui est de New York, il n'y a pas eu de grosse bêtise.
Sauf si l'on veut chercher la petite bête
Par
exemple le moment où l'on a confondu les avions ou
les lieux d'impact
On pensait qu'il y avait un avion
supplémentaire
Dans les jours qui ont suivi, Il y a eu amélioration
et en même temps dégradation. Amélioration
dans la mesure où l'on a commencé à
faire parler les habitants de New York. On avait un "feed-back",
une réponse à la parole officielle qui était
déjà un discours de guerre et de propagande.
Quand par contre les chaînes ont décidé
de réaliser des émissions spéciales
à partir de New York (TF1 et France 2), on est retombé
dans ce qu'on avait connu pour le Golfe : une parole de
plus en plus officielle. Tous les journaux se ressemblaient
et ne prenaient pas assez de recul. Tout le monde allait
au devant de l'émotion

Voici la nouvelle Joconde: l'information,
sur toutes les ondes où que l'on soit nous dévisage
du coin de son regard d'images
© http://wart-art.fr.fm/
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Pour
ce qui est de l'Afghanistan, il faudra dresser le bilan
plus tard mais les équipes ont plutôt bien
réagi sans "gober" tout ce que la propagande
militaire pouvait fournir comme informations, aussi bien
côté taliban que côté américain.
Avec des nuances : il a fallu un certain temps quand les
Américains bombardaient des écoles et des
hôpitaux, pour recouper les informations et annoncer
la nouvelle
L'amélioration c'est aussi que les journalistes ont
voulu aller voir réellement sur le terrain. Cette
fois, ils ne pouvaient pas être arrêtés
par les militaires occidentaux puisqu'il n'y en avait pas.
Ils sont allés jusqu'au bout de leurs investigations.
Certains y ont laissé leur peau.
Reste qu'on est loin de connaître tous les faits.
Par exemple, dans ce fameux fort où étaient
retranchés des talibans prisonniers
Comment
les a-t-on désarmés, quelles bombes ont été
utilisées ? Ou encore comment des villes réputées
imprenables par les Russes sont tombées aussi facilement
? A-t-on acheté les chefs de tribus ? Les fameux
"envoyés occidentaux" avaient-ils des dollars
?
Le changement par rapport à des conflits comme celui
du Golfe, ce sont les images disponibles
De quelle manière
cela a-t-il modifié le travail journalistique ?
La
télé n'est pas en première ligne. Elle
montre des images qu'on veut bien lui vendre
Mais
ce qui apparaît clairement, c'est qu' "Al-Jezirrah"
a changé la donne. Cette chaîne étant
sur place, elle tourne et contrairement à la guerre
du Golfe, on voit des morts. La région est très
"couverte" par rapport à Bagdad, dix ans
plus tôt.
La censure n'est plus la même. Et puis une équipe
de télé peut envoyer des images à l'autre
bout du monde par satellite. Davantage d'images, donc, qui
montrent la réalité
Sans images, la
télévision ne peux pas aller très loin
dans sa manière de donner l'information sinon par
une "brève". Pour mémoire, et par
exemple, souvenons-nous que les Israéliens et les
Sud-africains se sont toujours arrangés pour qu'il
n'y ait pas d'images dans les territoires occupés
ou sur l'apartheid. Il ne fallait pas voir les morts
Avoir une prolifération d'images permet aux journalistes
de faire leur choix, de voir ce qui correspond aux informations.
Une rédaction peut donc traiter complètement
les sujets, ce qui affaiblit beaucoup les propagandes -
militaires ou politiques - puisqu'on n'a plus besoin d'eux
pour rendre compte d'un conflit.(
)
A un moment, les Américains ont du se demander s'ils
pouvaient "taper" sur le satellite qui "transporte"
Al-Jezirrah
Mais avec la miniaturisation des moyens
de transmission et sauf à vouloir faire disparaître
tous les satellites, quand il y a un conflit, il y a désormais
de l'image et les journalistes peuvent donc travailler au
plus près des évènements.
Mais
en quoi cette prolifération d'images améliore-t-elle
la compréhension du téléspectateur ?
Il est lui-même sûr d'être informé
par des gens de moins en moins manipulés qui ont
affaire à des sources de plus en plus contradictoires
d'information. Ensuite, il peut faire le choix. Pendant
la guerre du Golfe (avec une chaîne supplémentaire,
la Cinq), tous les "JT" proposaient à peu
près les mêmes images. Maintenant, les "
ouvertures" sont différentes parce que la quantité
d'images est toute autre. Autrefois, en "échanges
internationaux" (les E.V.N.) , nous avions deux heures
d'image par jour. Aujourd'hui, nous en avons quasiment en
continu.
Pour le téléspectateur, c'est la certitude
que ceux qui l'informent ont accès à un maximum
d'informations
Mais le citoyen serait en droit de demander une meilleure
tracabilité de ces images
Oui, mais pourquoi devrait-on se poser davantage cette question
aujourd'hui ? En quoi un reporter indépendant serait-il
plus susceptible de maquiller ses images ou de les trafiquer
qu'il y a vingt ou cinquante ans ? La traçabilité
est une question importante pour toutes les images. Celles
du débarquement de 44, n'étaient-ce pas celles
de Marines à qui on avait demandé de re-débarquer
? La question se pose !
Il faudrait bien sûr une traçabilité
plus grande, mais elle ne se fait pas dans les rédactions,
elle se fait sur le terrain : "quel jour ont été
tournées ces images ?" On pourrait imaginer
un système où le jour et l'heure s'afficherait
automatiquement ou associer un GPS à une caméra
Le reste est une question de confiance. (Personne n'exige
de traçabilité pour les photos !) Or, il y
a assez peu de manipulations. Moins qu'hier, parce que pour
un évènement, on n'a plus une seule mais tout
un tas de caméras. Le "bidonnage" est beaucoup
moins facile.
Ce que vous appelez la prolifération des images rend
moins nécessaire la traçabilité.
Interview
réalisé par Pierre-Yves
Schneider le 28.11.2001
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