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Un fait divers de trop
Télés irresponsables ou complices?
   

Décryptage
Les "conducteurs" des journaux télévisés des vendredi 19
et samedi 20 avril 2002 et les liens pour accéder aux vidéos.
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Quand la presse écrite y revient... après le second tour
De Paris Match à France Soir.
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Réactions, commentaires
L’affaire « Popaul », la médiatisation du thème de l’insécurité pendant la campagne électorale, l’utilisation des sondages par les médias. Les premiers commentaires pour Tocsin, vos analyses et opinions…
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  Dernière mise à jour le 26/04/2001
 

Au mieux de l’irresponsabilité, au pire de la connivence ou de la complicité.
Si MM Chirac et Jospin avaient été qualifiés pour le deuxième tour, il est probable que les faits auraient été - hélas - vite oubliés, jamais décryptés ou analysés. Cette fois, les rédactions de télévisions doivent, elles aussi, rendre des comptes ou pour le moins s’expliquer !

    Samedi 20 avril 2002, 20 heures, le journal télévisé. A moins de douze heures de l’ouverture des bureaux de vote. TF1, France 2 (puis France 3 dans la soirée) diffusent le reportage le plus anxiogène de l’année. Abject d’efficacité lacrymale (on a désormais l’habitude) mais aussi d’irresponsabilité si ce n’est de choix partisan.

    TF1, 20h05 : "Revenons maintenant sur…" précise en guise d’introduction au reportage (et d’aveu ?) la présentatrice de TF1 pour proposer, à nouveau, les images de ce vieillard d’Orléans, effondré, malade, victime d’une agression deux jours auparavant et dont TF1 s’était déjà fait largement l’écho dans le JT de la veille : déjà, le vieil homme pleurait. Deux fois ! En début et fin de reportage. Samedi, l’homme pleure encore, des voisins "témoignent" du climat dans le quartier et compatissent. Racket, violence physique, baraque incendiée… en deux minutes, tout y est ! Un paradigme de pathos audio et visuel digne des émissions les plus crapuleuses de la chaîne, du style "Ca peut vous arriver". La construction du reportage répond d’ailleurs au même principe et au même unique objectif : favoriser l’identification du téléspectateur à la victime et à son voisinage. Questions insistantes et insidieuses, commentaires superflus multipliant l’effet dramatique des images. Un travail journalistique nul mais un montage parfait s’il était destiné à certaines équipes électorales pour une tournée de propagande dans les maisons de retraite ! Là, il s’agit plutôt d’un missile de campagne lancé en direction de millions de téléspectateurs-électeurs. Un second tir. Comme si la cible n’avait pas été atteinte la veille. Vendredi soir, il est vrai, le sujet n’avait été diffusé dans le JT de TF1 qu’en cinquième position. D’autres sujets "porteurs" occupaient le devant de la scène tels le démantèlement d’un gang de cambrioleurs niçois, une attaque de commissariat, les suites de la tuerie de Nanterre et la prochaine législation sur les armes. Ambiance!

    Samedi 20 avril, donc, le service public n’était pas en reste. Dans un style à peine plus sobre, ce furent les mêmes images et commentaires sur "Popaul" d’Orléans diffusés dans le journal de 13 heures puis à 20 heures en "ouverture" du JT, juste après l’évocation d’une avalanche au Mont Blanc et avant (oui, juste avant !) un sujet sur l'élection présidentielle sur France 2.

    Comment les rédacteurs en chef de la chaîne peuvent-ils justifier le choix d’un tel reportage évidemment explosif parmi les centaines d’informations disponibles ce jour là et alors que l’on sait les rédactions traditionnellement attentives à ne pas évoquer certains sujets la veille d’un scrutin ? L’agression datant de jeudi, et France 2 ne l’ayant pas évoquée auparavant, la seule volonté pitoyable de ne pas rester en dehors du "coup" de TF1 explique-t-elle un tel choix rédactionnel ? Et si France 2 ne doit pas être soupçonné de choix partisans (?) au bout du compte qu’est que cela change ? A quoi sert de gloser dans les rédactions sur les obsessions sécuritaires des "Pernault" ou "Bilalian" du quotidien télévisuel quand une telle dérive en vaut mille ! Pourquoi les journalistes de l’audiovisuel gardent-ils le silence devant ce qui paraît, doublement aujourd’hui, comme un sérieux dérapage aux conséquences graves si ce n’est décisives ?

    Qu'on nous explique ! Maintenant ! Et, qu’on ne nous dise pas, pauvres naïfs, que pour la veille du scrutin la loi républicaine n’interdit que l’évocation des programmes et des candidats sur les antennes. Depuis trois mois, c’est la presse - en particulier audiovisuelle - qui a imposé le sujet de l’insécurité comme thème central de la campagne. En connivence objective avec certains candidats. Au pays de l’hypocrisie : impunité zéro !


Pierre-Yves Schneider