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© Max Havelaar


A lire :
Sur le site de Place Publique, plusieurs dossiers sur le sujet et une base de liens sur les acteurs.

L'article du Monde Diplomatique
De l'échange inégal au commerce équitable.

Libération
40 chantiers pour un nouveau siècle :
Vivre éthique

Rapport sur le développement durable. Ministère de l'Economie solidaire.

Le site de Max Havelaar France

Plate-forme française pour le commerce équitable


La France découvre le commerce équitable. Nouveau concept à la mode du "politiquement correct" ou vraie tendance de fond ? Pour l'instant, et depuis 1998, seul le café du label Max Havelaar existe sur les rayons des grandes surfaces françaises.
Quel consommateur se profile derrière cette nouvelle façon d'acheter ? Un futur "consom'acteur" ? C'est le pari du commerce éthique-équitable-solidaire.


L'idée de créer un label commerce équitable est née au milieu des années 80, chez une communauté de petits producteurs de café du Chiapas, au Mexique. Prenant à partie l'ONG qui leur permet chaque année de subsister, ils lui demandent de les aider à trouver des moyens de vivre de leur travail et de sortir de l'assistanat. Certes, il faut innover : inventer de nouveaux circuits commerciaux pour combler le fossé économique qui sépare le café matière première (au cours variable) du café produit fini.
En 1986, le commerce équitable existait déjà, "mais il ne touchait que des militants convaincus", explique Victor Ferreira, directeur du label Max Havelaar France. "Les fondateurs du label ne voulaient pas se contenter de distribuer le café dans des boutiques spécialisées, mais de le présenter dans le plus grand nombre de points de vente. Le pari n'était pas de rentrer dans le mouvement alternatif mais d'être présent - avec nos idées d'un commerce équitable - dans le système traditionnel du commerce, en imaginant que certains distributeurs joueraient le jeu !"

86 % des consommateurs prêts à payer plus cher

En 1988, après deux ans de démarches, le premier café issu du commerce équitable est vendu dans de grandes surfaces hollandaises. En quelques semaines, le café labellisé Max Havelaar prend 2 % du marché !
"D'une part, les Hollandais ont toujours été très sensibles aux questions de développement durable et d'autre part il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un pays protestant, donc moins hostile au commerce. Là-bas, allier une démarche commerciale à une démarche humanitaire ne pose pas de problème," explique Victor Ferreira. En France, après trois ans d'existence dans la grande distribution, la café labellisé ne représente que...0,2 % du marché. "On part de tellement bas que souligner que nous avons une augmentation des vente de quasiment 100 % par an ne signifie pas grand-chose", sourit Victor Ferreira. "Mais ce n'est qu'un début. Les études du CREDOC en matière de commerce équitable montrent que nous sommes aujourd'hui dans la même situation qu'aux débuts des produits bios. D'un côté les consommateurs se déclarent prêts à payer plus cher pour des produits issus du commerce équitable, et de l'autre les distributeurs n'y croient pas encore. Pourtant, dès que Carrefour a ouvert un rayon Bio, les consommateurs ont suivi. Paradoxe actuel : en France il n'y a pas assez de producteurs bios parce que les décideurs n'y voyaient, au départ, qu'une démarche de soixante-huitards attardés."

Toutefois, la mayonnaise commence à prendre : la plupart des grandes enseignes proposent du café équitable, et Victor Ferreira estime que d'ici deux ou trois ans, la France devrait rattraper son retard sur la Suisse ou la Hollande.

"Les produits équitables doivent répondre aux règles du commerce"

Monoprix est la première enseigne à s'être lancée dans l'aventure avec enthousiasme. "Cela s'inscrit dans la continuité de notre démarche", explique Stéphanie Levet, en charge du Département développement durable de Monoprix. "D'abord nous avons proposé les produits verts, puis des produits bios et, depuis 1998, nous avons lancé une démarche développement durable en demandant à l'ensemble de nos fournisseurs d'appliquer la norme SA 8000 ; nous continuons à travailler avec Max Havelaar pour distribuer le café et le thé labellisés, mais aussi pour développer sur trois ans plus de 40 types de produits différents".
Quel bénéfice pour Monoprix ? "Nous ne perdons pas d'argent, sans plus", répond Stéphanie Levet. "La règle reste que ce type de commerce doit répondre aux règles du commerce en général. Y compris en termes de qualité. Nous devons avoir une démarche pédagogique envers le public pour faire valoir la dimension sociale du produit. Mais nous pensons que ce type de commerce répond à une attente forte : le consommateur est dans une quête de sens par rapport aux produits qu'il consomme."

Si Monoprix* se lance, les autres enseignes optent pour la prudence. "Il existera toujours un fossé considérable entre les intentions éthiques des citoyens et les comportements du consommateur : au moment de passer à la caisse, il choisira toujours le moins cher… ", se défend l'expert d'une grande enseigne.

Un sentiment que ne partage pas Victor Ferreira, pour qui les citoyens sont mûrs pour une démarche de consommation éthique : "aujourd'hui, tout le monde découvre les limites du productivisme à travers la crise alimentaire, les mouvements anti-mondialisation… Les citoyens sont prêts à utiliser leurs moyens propres, dans un nouveau mode d'action : la consommation. Quand les gens découvrent les ravages de la mondialisation, la première réaction est un sentiment d'impuissance. Or le commerce équitable donne au consommateur-citoyen le pouvoir de contribuer à un changement par un tout petit geste."

Cécile Plet

*Charte développement durable de Monoprix, disponible sur le site http://www.monoprix.fr/ , en haut de la page à droite.