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© A. Sagalyn / Opale

Jean-Marie Charon,
sociologue, ingénieur au CNRS, enseignant à l'Institut des Etudes Politiques de Paris et de Rennes. Auteur, entre autres ouvrages de " La presse en France de 45 à nos jours " (Le Seuil), " Le journalisme " (Milan), " La presse quotidienne " (La Découverte), " La presse magazine " (La Découverte). Dernier ouvrage paru, co-écrit avec Claude Furet : "Un secret si bien violé. La loi, le juge et le journaliste". (Le Seuil).

En 1999, J-M Charon rédige à la demande de Catherine Trautmann, alors ministre de la Culture et de la Communication un rapport "Réflexions et propositions sur la déontologie de l'information"

  Interview de Jean-Marie Charon
jeudi 24 août 2001

Quels premiers enseignements tirez-vous de ces trois débats ?

La première bonne surprise, c’est qu’il n’y a pas eu de contestation du cadre de ces Entretiens. Aujourd’hui, cela paraît un acquis, une évidence. Ce n’était pas la cas lorsque j’ai lancé cette initiative. Des rédacteurs en chef et des journalistes - parmi les plus chevronnés - maintenaient que c’était aux journalistes eux-mêmes (et uniquement au sein des rédactions) de réfléchir à leur travail. La deuxième bonne surprise, c’est que j’ai trouvé que les journalistes présents avaient marqué une bonne réceptivité à l’égard des propos tenus par leurs interlocuteurs. Qu’il s’agisse du public ou des représentants de secteurs de la société que nous avions invités. Ceux-ci leur ont tenu parfois des propos assez… fermes ! Avec une argumentation très travaillée. Souvent davantage que celle préparée par les journalistes eux-mêmes ! Et là, je n’ai pas remarqué de réflexes de recul du style : « mais quelle est votre légitimité… au nom de quoi et de qui parlez-vous etc. ». La démarche et le dispositif ont donc été vraiment acceptés.

Et si l’on évoquait plutôt ce qui est perfectible ?

Il y a deux aspects qui m’ont laissé sur ma faim. D’abord, la parole des journalistes est restée souvent générale. En tout cas, ils n’ont pas évoqué spontanément leur manière de travailler sur les sujets abordés. Ils ont parlé moyens, implications, motivations mais peu concrètement des choix rédactionnels qu’ils ont dû effectuer lors de tel ou tel développement de l’actualité et peu du contexte de travail au sein des médias concernés. S’ils l’ont fait, c’est uniquement quand, dans les discussions, ils y étaient contraints…

Une autre « timidité » remarquable dans les débats : celle des éditeurs ?

Pour l’ESB, j’ai trouvé que l’éditeur présent (NDLR : Alain Boulonne, L’Yonne républicaine) avait bien joué le jeu. Mais c’est quelqu’un d’assez proche du terrain et qui représente une coopérative ouvrière et non un groupe de communication. Dans le débat sur la torture, l’éditeur n’est carrément pas venu (NDLR : Michèle Cotta, France 2).
Quant à la discussion sur la médiatisation des mouvements sociaux, les éditeurs présents ont davantage revendiqué leur titre de journaliste que celui de patron de presse, comme si c’était une manière de nier leur rôle. La discussion sur les choix de structure au sein des rédactions n’a pu avoir lieu. A l’issue d’un débat, un journaliste m’a confié : « je n’allais tout de même pas expliquer ma cuisine ! ». C’est bien là le problème. En refusant de parler de choix précis, en qualifiant de cuisine ce qui n’est pas facilement communicable, on rejette un pan de la réflexion qui serait pourtant utile de travailler ensemble…

De travailler également avec le public…

Il faut absolument avancer sur ce sujet. Depuis le début, nous sommes partis d’une formulation théorique - ou du moins abstraite - de la nécessité d’associer le public et la "société" (ce qui n’est pas la même chose !) à nos débats et réflexions. Je crois qu’il faut aller au-devant des grandes associations ou dans des lieux appropriés pour inciter des franges de la société à entrer dans nos problématiques. Tout faire en tout cas pour éviter les seuls débats d’experts. Avoir énormément d’ambition dans ce domaine… tout en reconnaissant que l’on vient de très loin…

Peu de « communication » visible sur ces premiers « Entretiens de l’information ». Pourquoi ?

C’est vrai, mais on peut évoquer deux motivations. D’abord, nous n’avions (et n’avons pas encore aujourd’hui) réellement tranché sur la popularisation des « Entretiens ». Donc, nous avons choisi une formule intermédiaire et le flou traditionnel de l’Université d’été de la communication nous a permis de le faire avec succès. On savait qu’il n’y aurait pas un gigantesque public… Ensuite, il y a l’effet de prudence lié à la première édition. On se souvient par exemple de la déception qu’a entraîné l’épuisement des mouvements de téléspectateurs dans les années 80. Or, nous devons à tout prix éviter les effets d’annonce sans contenu. A partir du moment où les objectifs sont clairement fixés, que le contenu est réel et concret et qu’il peut se traiter avec une certaine densité, alors nous pouvons concevoir une communication adaptée.

Propos recueillis par Pierre-Yves Schneider
le 24 août 2001

Lire : Débattre de l'information, par Jean-Marie Charon