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Le sujet était difficile… mais bien préparé. Résultat : une table ronde où de nombreuses questions sur le traitement médiatique récent ou plus ancien de la torture pendant la guerre d’Algérie ont été posées et discutées. Un vrai dialogue portant à la fois sur l’éthique et les techniques d’information ainsi que sur les sujets touchant à l’histoire et la mémoire. Interpellés avec vigueur par deux historiennes et par la présidente de la Ligue de l’Enseignement, les journalistes présents ont su écouter activement… à défaut quelquefois de savoir répondre.


(décembre 2001)


Nous ne faisons pas le même travail que les universitaires(…) Mais, c’est vrai, nous sommes superficiels

Messieurs les journalistes, question témoignage, les femmes sont toujours interrogées en tant que victimes et non en tant qu’actrices. Pourquoi ? (…) Pourquoi ne pas avoir interrogé les politiques de l’époque ( …) les juristes… ? Pourquoi ce silence dans les médias sur la perception que les enfants d’immigrés peuvent avoir de ce dossier ?

Chez nous, ce sont souvent des journalistes de moins de trente ans qui ont pris des initiatives sur ce dossier. Il est vrai que cela coïncide aussi avec le départ à la retraite de certains (contemporains à ces événements).


 
Du témoignage d'une ancienne victime des tortures aux déclarations du général Aussaresses : quel est le rôle des médias dans le réexamen de notre histoire ? Quels rapports aux historiens, quel recours à la justice, dans cette réévaluation de notre histoire politique, institutionnelle, morale ? Une demi-journée de débat à Hourtin le mardi 21 août 2001.

C. Silvestre / H. Leclerc / C. Doriac / C/ Escaffit / A. Chauveau



 



Le personnage du général Aussaresses a finalement servi d’exutoire. Tout a été cristallisé sur lui… y compris sur sa vie privée ( !). Peut-être cela a-t-il empêché que l’on aborde les vraies questions… politiques.
Il est paradoxal de constater que les journalistes demandent aux juges de mener des enquêtes (sous-entendu qu’ils ne font pas eux mêmes).




L’appel des douze (concernant la torture paru dans l’Huma) n’a été relayé par les médias que plusieurs jours plus tard, au lendemain d’une allusion faite dans un discours de Jospin. Faut-il donc une certification officielle pour qu’un tel texte devienne légitime ?



Les journalistes sont souvent venus m’interroger sur la torture alors que ce n’est pas mon domaine de recherche et que j’aurais voulu leur parler davantage des exécutions et des disparitions. " (…) " Je suis toujours très gênée quand je suis invitée dans une émission en compagnie d’un témoin dont le discours est forcément émotionnel !


C’est vrai, on a toujours peur de violer les tabous politiques…
Aujourd’hui, avec les nouvelles générations de journalistes, il est plus facile d’avoir une vision plus distanciée et plus froide de ces événements
.

 



Animé par :
• Christian Doriac (France 3)
avec :
• Henri Amar (La Dépêche du Midi)
• Agnès Chauveau (Université Paris X)
• Jacqueline Costa Lascoux (Ligue Française de l'Enseignement)
• Jean-Claude Escaffit (La Vie)
• Dominique Gerbaud (La Croix)
• Henri Leclerc (Ligue des Droits de l'Homme)
• Charles Silvestre (L'Humanité)
• Sylvie Thénault (Institut d'Histoire du Temps Présent)




Histoires de mémoire et question d'actualités
Marc Kravetz,journaliste.
"Réfléchir à la façon dont est donnée l'information"
Henri Leclerc, président de la Ligue des Droits de l'Homme



 
 

 

 
 
     
 

  Historienne spécialiste de la guerre d’Algérie, Sylvie Thénault évoque le " malaise " qu’elle ressent dans sa collaboration avec de nombreux journalistes. Ainsi, elle critique sans détour ceux qu’elle rencontre très souvent depuis un an. Pourquoi, par exemple, ceux-ci lui demandent-ils de manière récurrente " pourquoi on en parlait pas " alors qu’ils auraient pu tout simplement procéder à quelques recherches dans les archives de leur propre journal ?
Sylvie Thénault dénonce également les " erreurs de casting ". Je me suis retrouvée souvent interviewée, en désespoir de cause, suite au refus d’une autre historienne (Raphaelle Branche) d’intervenir dans les médias. Résultat : je devais parler de la torture alors que mon domaine de recherche principal restait celui de la justice, des disparitions. "
Toujours déterminée, Sylvie Thénault tient également à casser le mythe des trois jeunes historiennes spécialisées, que l’on a vu se construire ces derniers mois dans la presse. " Il y aussi des hommes, rappelle-t-elle… Et l’une d’entre nous n’était plus toute jeune quand elle a bouclé sa thèse… "
Les conditions d’utilisation souvent contestables des experts ont ainsi été largement évoquées par les intervenants, dont Oliver Da Lage (RFI) qui a tenu à rappeler la double responsabilité des journalistes et des universitaires souvent demandeurs d’interventions médiatiques répétées.

 
     
     
 
     
    sous-jacente au débat, la question de savoir pourquoi le sujet de la torture est remonté ainsi en juin 2000 n’a pas reçu de réponses précises. Historienne, Agnès Chauveau accuse les médias de " mettre en scène " régulièrement l’amnésie, alors que les travaux ou les prises de position des historiens sur ce sujet n’ont jamais manqué….Certains dénonçaient déjà l’apathie de l’opinion publique et des journalistes en 1956, rappelle-t-elle.
Henri Leclerc (Ligue des Droits de l'Homme) et Charles Sylvestre (L’Humanité) ont raconté les circonstances précises de ce retour de mémoire, le journaliste se félicitant que la presse puisse être encore - qu’il s’agisse de l’appel des douze ou de la floraison de témoignages que l’on a pu voir depuis juin 2000 - " acteur " positif de la société. A ses yeux, il s’est bien agi d’une " campagne " mais qui ne pouvait être " celle d’un seul journal, fut-il celui de Jaurès ". D’où sa satisfaction qu’un travail parallèle ait pu se développer dans les rédactions de l’Huma, du Monde et de Radio-France.
Pourquoi maintenant ? Pour Henri Amar (la Dépêche) ou Alain Le Gouguec (Radio France), le mérite en revient en tout cas à une nouvelle génération de journalistes.
Une table ronde inédite qui a montré les difficultés des relations entre historiens et journalistes. Un temps, une éthique et des exigences bien sûr différentes. Mais comme le rappelait Sylvie Thénault à la fin de son intervention, " si je suis venue dialoguer ici, c’est parce qu’il est possible de travailler ensemble ".
 
     
 
     
  En libérant la parole d’une femme (Louisette Ighilahriz), la journaliste Florence Beaugé du Monde a ouvert la boite de Pandore, aux frontières de la petite et de la grande histoire. Les témoins peuvent et doivent désormais sortir de l’ombre et de l’anonymat.
Voilà un sujet à marquer d’une pierre blanche et qui avait toute sa place dans les Entretiens de l’info : une rencontre authentique entre médias et public. La guerre qui fut longtemps " sans nom " a maintenant une multitude de patronymes, de visages, grâce aux témoignages reçus et publiés par les médias.
La lecture attentive qu’a faite Jean-Claude Escaffit, médiateur à la Vie, de l’ensemble des courriers reçus par son propre média et ceux de ses collègues (Le Monde, La Vie, France 2 et France 3), l’a amené à tirer, notamment, une conclusion importante : plus la proximité est grande entre journal et lectorat, plus les témoignages ont été nombreux et bouleversants. Des centaines de lettres " exutoires " sont parvenues ; elles commençaient souvent par " je n’en ai jamais parlé à personne " ou " c’est la première fois que je raconte cela ".
Dominique Gerbaud (La Croix) cite le cas d’un journal tenu à l’époque par sept jeunes séminaristes originaires de Nantes, qu’ils avaient fait parvenir à leur hiérarchie à leur retour. Resté lettre morte en son temps, le double en fut publié par le quotidien dans le forum spécifique installé dans ses colonnes. " Plus de 400 lettres sont arrivées au courrier " précise le rédacteur en chef de La Croix, " suite à l’appel à témoignages que nous avions lancé. Ce fut notre choix de traitement de ce débat de société : ce que les acteurs avaient vécu sur place, c’était de l’information. "
Les journalistes de l’époque avaient confisqué la parole du petit peuple de la guerre : appelés, militants de base, victimes civiles. Aujourd’hui, ils la lui rendent, l’appellent de leurs vœux. Les journalistes " ont fait œuvre thérapeutique " a souligné un intervenant, en permettant aux anonymes de s’exprimer. D’autant plus qu’ils leur avaient confisqué la parole à l’époque.
Reste un regret et une interrogation à J-C Escaffit : aucun témoignage d’Algérien vivant là-bas ou ici. Comme l’a souligné une femme algérienne dans l’assistance : " pour nous, c’est un débat franco-français, et sans doute amené à le rester pendant quelques temps. Toute ma génération savait ce qui se passait dans les centres de détention. A tel point que les enfants (dont j’étais) faisaient de grands détours le matin pour les éviter, pour ne pas entendre les cris qui s’en échappaient. "
 
 

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