|
Le
sujet était difficile
mais bien préparé.
Résultat : une table ronde où de nombreuses
questions sur le traitement médiatique récent
ou plus ancien de la torture pendant la guerre dAlgérie
ont été posées et discutées.
Un vrai dialogue portant à la fois sur léthique
et les techniques dinformation ainsi que sur les
sujets touchant à lhistoire et la mémoire.
Interpellés avec vigueur par deux historiennes
et par la présidente de la Ligue de lEnseignement,
les journalistes présents ont su écouter
activement
à défaut quelquefois
de savoir répondre.
 
(décembre
2001)

|
Nous ne faisons pas le même travail
que les universitaires(
) Mais, cest vrai,
nous sommes superficiels  |
Messieurs les journalistes, question témoignage,
les femmes sont toujours interrogées en tant que
victimes et non en tant quactrices. Pourquoi ? (
)
Pourquoi ne pas avoir interrogé les politiques
de lépoque (
) les juristes
?
Pourquoi ce silence dans les médias sur la perception
que les enfants dimmigrés peuvent avoir de
ce dossier ?
 |
Chez nous, ce sont souvent des journalistes
de moins de trente ans qui ont pris des initiatives sur
ce dossier. Il est vrai que cela coïncide aussi avec
le départ à la retraite de certains (contemporains
à ces événements).
 |
|
|
 |
 |
 |
 |
Du
témoignage d'une ancienne victime des tortures
aux déclarations du général Aussaresses
: quel
est le rôle des médias dans le réexamen
de notre histoire ? Quels rapports aux historiens, quel
recours à la justice, dans cette réévaluation
de notre histoire politique, institutionnelle, morale
? Une
demi-journée de débat à Hourtin le
mardi 21 août 2001.

C.
Silvestre / H. Leclerc / C. Doriac / C/ Escaffit
/ A. Chauveau |
|
|
|

|
Animé
par :
Christian Doriac (France 3)
avec :
Henri Amar (La Dépêche du
Midi)
Agnès Chauveau (Université
Paris X)
Jacqueline Costa Lascoux (Ligue Française
de l'Enseignement)
Jean-Claude Escaffit (La Vie)
Dominique Gerbaud (La Croix)
Henri Leclerc (Ligue des Droits de l'Homme)
Charles Silvestre (L'Humanité)
Sylvie Thénault (Institut d'Histoire
du Temps Présent)
|



|
|
| |
|
|
 |
|
| |
|
|
| |
Historienne
spécialiste de la guerre dAlgérie,
Sylvie Thénault évoque le " malaise
" quelle ressent dans sa collaboration avec
de nombreux journalistes. Ainsi, elle critique sans
détour ceux quelle rencontre très
souvent depuis un an. Pourquoi, par exemple, ceux-ci
lui demandent-ils de manière récurrente
" pourquoi on en parlait pas " alors quils
auraient pu tout simplement procéder à
quelques recherches dans les archives de leur propre
journal ?
Sylvie Thénault dénonce également
les " erreurs de casting ". Je me suis retrouvée
souvent interviewée, en désespoir de cause,
suite au refus dune autre historienne (Raphaelle
Branche) dintervenir dans les médias. Résultat
: je devais parler de la torture alors que mon domaine
de recherche principal restait celui de la justice,
des disparitions. "
Toujours déterminée, Sylvie Thénault
tient également à casser le mythe des
trois jeunes historiennes spécialisées,
que lon a vu se construire ces derniers mois dans
la presse. " Il y aussi des hommes, rappelle-t-elle
Et lune dentre nous nétait
plus toute jeune quand elle a bouclé sa thèse
"
Les conditions dutilisation souvent contestables
des experts ont ainsi été largement évoquées
par les intervenants, dont Oliver Da Lage (RFI) qui
a tenu à rappeler la double responsabilité
des journalistes et des universitaires souvent demandeurs
dinterventions médiatiques répétées.
|
|
| |
|
|
| |
|
|
 |
|
| |
|
|
| |
sous-jacente
au débat, la question de savoir pourquoi le sujet
de la torture est remonté ainsi en juin 2000 na
pas reçu de réponses précises. Historienne,
Agnès Chauveau accuse les médias de "
mettre en scène " régulièrement
lamnésie, alors que les travaux ou les prises
de position des historiens sur ce sujet nont jamais
manqué
.Certains dénonçaient
déjà lapathie de lopinion publique
et des journalistes en 1956, rappelle-t-elle.
Henri Leclerc (Ligue des Droits de l'Homme) et Charles
Sylvestre (LHumanité) ont raconté
les circonstances précises de ce retour de mémoire,
le journaliste se félicitant que la presse puisse
être encore - quil sagisse de lappel
des douze ou de la floraison de témoignages que
lon a pu voir depuis juin 2000 - " acteur
" positif de la société. A ses yeux,
il sest bien agi dune " campagne "
mais qui ne pouvait être " celle dun
seul journal, fut-il celui de Jaurès ". Doù
sa satisfaction quun travail parallèle ait
pu se développer dans les rédactions de
lHuma, du Monde et de Radio-France.
Pourquoi maintenant ? Pour Henri Amar (la Dépêche)
ou Alain Le Gouguec (Radio France), le mérite en
revient en tout cas à une nouvelle génération
de journalistes.
Une table ronde inédite qui a montré les
difficultés des relations entre historiens et journalistes.
Un temps, une éthique et des exigences bien sûr
différentes. Mais comme le rappelait Sylvie Thénault
à la fin de son intervention, " si je suis
venue dialoguer ici, cest parce quil est possible
de travailler ensemble ". |
|
| |
|
|
 |
|
| |
|
|
| |
En
libérant la parole dune femme (Louisette
Ighilahriz), la journaliste Florence Beaugé du
Monde a ouvert la boite de Pandore, aux frontières
de la petite et de la grande histoire. Les témoins
peuvent et doivent désormais sortir de lombre
et de lanonymat.
Voilà un sujet à marquer dune pierre
blanche et qui avait toute sa place dans les Entretiens
de linfo : une rencontre authentique entre médias
et public. La guerre qui fut longtemps " sans nom
" a maintenant une multitude de patronymes, de visages,
grâce aux témoignages reçus et publiés
par les médias.
La lecture attentive qua faite Jean-Claude Escaffit,
médiateur à la Vie, de lensemble des
courriers reçus par son propre média et
ceux de ses collègues (Le Monde, La Vie, France
2 et France 3), la amené à tirer,
notamment, une conclusion importante : plus la proximité
est grande entre journal et lectorat, plus les témoignages
ont été nombreux et bouleversants. Des centaines
de lettres " exutoires " sont parvenues ; elles
commençaient souvent par " je nen ai
jamais parlé à personne " ou "
cest la première fois que je raconte cela
".
Dominique Gerbaud (La Croix) cite le cas dun journal
tenu à lépoque par sept jeunes séminaristes
originaires de Nantes, quils avaient fait parvenir
à leur hiérarchie à leur retour.
Resté lettre morte en son temps, le double en fut
publié par le quotidien dans le forum spécifique
installé dans ses colonnes. " Plus de 400
lettres sont arrivées au courrier " précise
le rédacteur en chef de La Croix, " suite
à lappel à témoignages que
nous avions lancé. Ce fut notre choix de traitement
de ce débat de société : ce que les
acteurs avaient vécu sur place, cétait
de linformation. "
Les journalistes de lépoque avaient confisqué
la parole du petit peuple de la guerre : appelés,
militants de base, victimes civiles. Aujourdhui,
ils la lui rendent, lappellent de leurs vux.
Les journalistes " ont fait uvre thérapeutique
" a souligné un intervenant, en permettant
aux anonymes de sexprimer. Dautant plus quils
leur avaient confisqué la parole à lépoque.
Reste un regret et une interrogation à J-C Escaffit
: aucun témoignage dAlgérien vivant
là-bas ou ici. Comme la souligné une
femme algérienne dans lassistance : "
pour nous, cest un débat franco-français,
et sans doute amené à le rester pendant
quelques temps. Toute ma génération savait
ce qui se passait dans les centres de détention.
A tel point que les enfants (dont jétais)
faisaient de grands détours le matin pour les éviter,
pour ne pas entendre les cris qui sen échappaient.
" |
|
| |
|
|
|