Tocsin vous sonne les cloches
) Inscrivez-vous à la lettre d'information (

             
Dossier    >  Tous hypocondriaques ?  >  Ethique et tic  >  Le syndrome des médias
     > Forums   
           
 

© Pascal Rostain

Fréderic Loore, journaliste
belge indépendant.

L'enquête de Martin Meissonnier, Roger Trilling et Fréderic Loore fait suite à "La guerre radioactive secrète", un reportage de Martin Meissonnier (Capa)
diffusé sur Canal + en février 2000.
EN BREF

Qui en parle ?


Imaginons qu'en juillet 2000, à Gonesse, un Boing 747 se soit écrasé et non un Concorde… Paris aurait-il été contaminé ? Ce n'est pas un récit de science fiction mais une question que l'on peut se poser à la lecture de l'enquête de Sciences et Avenir de février 2001. Le mensuel révèle que de nombreux jets d'Air France sont lesté de plusieurs dizaines de kilos chacun d'uranium appauvri…
www.sortirdunucleaire.org/
 
Désormais, y compris dans une affaire aussi complexe que celle du syndrome du Golfe et des Balkans, la toile permet à chacun de trouver à des informations auparavant inaccessibles aux non professionnels… à condition de savoir chercher.
Fréderic Loore est un journaliste belge indépendant. Il est co-auteur de "Uranium appauvri, la guerre invisible".



 De quelle manière avez-vous utilisé l'Internet dans la recherche des faits et des témoignages ?


Internet est l'outil de prédilection des associations de vétérans ainsi que des mouvements d'activistes anti-nucléaires pour communiquer autour de la question de l'uranium appauvri (UA). Il suffit de lancer une recherche sur l'UA et les sites WEB qui en traitent déboulent en pagaille sur votre écran. On peut citer, entre autres, celui de l'association National Gulf War Resource Center ou encore celui du mouvement activiste de gauche International Action Center.
Les "officiels" distillent également de l'info sur le sujet. Par exemple, la première définition de l'UA dont nous ayons pu prendre connaissance était proposée par l'armée américaine elle-même sur le site http://www.gulflink.osd.mil/. On peut également suivre au jour le jour l'actualité UA sur le site de la "du-list" sur lequel un grand nombre des personnes qui prennent part à ce large débat déversent quotidiennement leur lot de nouvelles fraîches.
Chacun de ces sites est alimenté en informations, témoignages et autres documents qui permettent non seulement de se faire une idée assez précise de l'état de la question, mais également d'effectuer des recoupements. 

En quoi le réseau vous a-t-il permis de contester les versions officielles ?


Il faut tout d'abord préciser qu'une partie importante des informations touchant l'UA provient des USA. Or, il s'avère qu'une loi (instaurée par l'ex-président Carter) -Free Information Act- autorise n'importe quel citoyen américain à demander et obtenir copie des documents déclassifiés en provenance du Pentagone, du département de la Défense (DOD) ou encore du département de l'Energie (DOE). Les associations de vétérans ne se sont évidemment pas privées de recourir à cette loi pour alimenter leurs sites en documents "Unclassified". Ces éléments auxquels nous avons eu accès via la toile - mais pas seulement - nous ont permis de confronter les "officiels" à leur propre littérature scientifique, laquelle fait toujours apparaître un décalage important entre les constatations de ces institutions et les propos rassurants tenus par leurs représentants. Mais ici encore, il est possible de trouver sur les sites gouvernementaux des informations qui prennent les "officiels" en flagrant délit de mensonge. Un exemple : la polémique touchant les recherches fédérales secrètes dans le domaine nucléaire (le dernier chapitre de notre livre) dont on peut trouver le compte-rendu accablant sur le site du General Accounting Office (la Cour des Comptes américaine), intitulé "Energy and Science: five years bibliography 1990-1994, Consequences of the Nuclear Age: Resources, Community, and Economic Development Division".


Il semble qu'en Belgique, comme dans plusieurs pays européens, cette affaire ait mobilisé journalistes et médias davantage, et plus tôt, qu'en France. Comment l'expliquez-vous ?


La polémique a éclaté plus tôt en Belgique pour une raison bien simple : ici, les organisations syndicales disposent de branches militaires, lesquelles ont drainé de nombreux témoignages d'affiliés qui trouvaient là l'unique moyen de briser la loi du silence. Quant à la mobilisation des journalistes, elle ne s'est faite que tardivement à l'exception de quelques-uns. Par contre, il est vrai que depuis que la polémique a véritablement éclaté, elle a été amplement débattue dans les médias dont il faut souligner qu'ils ont réservé un accueil assez favorable à notre livre, ce qui n'est pas tout à fait le cas en France. Je crois que cela tient en partie au fait que la France, à l'inverse de la Belgique et d'autres pays européens, est particulièrement impliquée dans la fabrication d'armes UA ce qui la conduit à préserver le secret-défense beaucoup plus jalousement. Dès lors que parmi les journalistes français de premier plan, certains sont en charge quasi exclusivement des questions militaires, ils se font plus ou moins complices de ce secret-défense sous peine de courir le risque de voir leurs sources se tarir.

 
    Propos recueillis par Pierre-Yves Schneider le 15.02.2001