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Christine Abdelkrim-Delanne enquête sur le syndrome depuis quatre ans.





"La sale guerre propre" (Le cherche midi éditeur) janvier 2001
 


Le syndrome du Golfe …et des Balkans. Une expression pour désigner un ensemble de pathologies liées à ces deux conflits. Probablement s'agit-il d'un cocktail explosif de médicaments, de pilules anti-sommeil, de vaccins, de pesticides... dont on soupçonne de plus en plus qu'il se soit enrichi d'uranium appauvri. Victimes réelles ou potentielles: des militaires de tous les pays concernés, les civils des champs de bataille et peut-être leur descendance.
Un mélange aussi de doutes, de mensonges et de désinformation.
Christine Abdelkrim-Delanne est journaliste. Elle est aussi co-fondatrice d'Avigolfe, une association qui regroupe des victimes et des citoyens qui cherchent à établir la vérité sur ce dossier.

 Comment avez-vous commencé votre enquête ?

La première chose que j'ai faite, c'est d'appeler les hôpitaux militaires. Notamment Robert Piquet à Bordeaux. En demandant naïvement s'ils avaient eu des malades du golfe. On m'a répondu que le syndrome n'existait pas et donc qu'il n'y avait pas de malades du Golfe. Donc, je me suis mise en relation avec des vétérans américains et anglais. Il y avait aussi l'excellent livre de l'organisation US International Action Center, présidée par l'ancien ministre de la Justice Ramsey Clark. Ce dernier dirigeait une délégation de tous les Etats américains lorsque j'ai effectué mon premier voyage en Iraq.
Le terrain est très important pour ce type d'enquête, mais lequel ? En France, les associations de militaires censées avoir des gens malades niaient tout. Quant aux scientifiques français, ils haussaient les épaules. Pas uniquement sur l'Uranium appauvri, mais surtout sur l'U.A.
Le terrain, c'était donc plutôt l'Irak, ou d'autres pays européens pour y rencontrer des spécialistes indépendants. Mais bien sûr, l'outil principal depuis deux ou trois ans, c'est Internet.

 Pour quelles applications ?


Le courrier électronique bien sûr, qui m'a permis d'être en contact avec des organisations avec qui j'ai pu tres vite échanger des informations. Des échanges qui portaient sur le travail des différentes commissions d'enquête, les examens de malades, leurs rapports avec leurs avocats etc.
Et puis la recherche de documents. Au départ sur l'UA, il n'y avait pas grand chose bien que dès 91, c'etait déjà l'U.A. qui était mis en accusation. Sont venues ensuite de nombreuses recherches d'équipes indépendantes universitaires qui ont porté sur d'autres facteurs toxiques ou de combinaisons de facteurs toxiques. D'autres portes se sont ouvertes permettant d'expliquer ainsi certaines pathologies.


Comment expliquer votre solitude pour ces investigations ?


J'ai fait l'enquête la plus poussée parce que je m'en suis donné les moyens, mais des choses ont été écrites avant moi. Dans le Monde Diplomatique par exemple. Dés 1994, à la suite d'un symposium international qui s'est tenu a Bagdad. Il y a eu aussi des témoignages très percutants de victimes dans plusieurs titres de la P.Q.R., dont Sud-Ouest. Que personne n'a retenu.


  Comment expliquez-vous que ces articles consacrés à l'U.A. n'aient pas donné de suite dans la presse ?


En l'occurrence, à cause du profond mépris de la presse nationale pour la presse régionale. Et puis, pendant très longtemps, (et encore maintenant), pour beaucoup de médias, on ne peut dire que du mal de l'Irak. Et donc, dire un jour que les Américains, les Anglais, et peut-être les Français ont pu faire une chose aussi abominable que d'utiliser de l'uranium appauvri… c'était censure ou… autocensure. N'oubliez pas que de grands groupes médiatiques sont liés directement à l'industrie militaire...


  Et pour le Kosovo, alors ?


C'est quand la guerre du Kosovo a éclaté, que j'ai vu qu'il y avait vraiment des blocages. Je rentrais d'Irak, et je me suis dit que j'allais surveiller si les avions A 10 (équipés d'obus à tête d'U.A.) et les hélicoptères Apache rentraient dans la danse. Ce fut le cas des A 10 trois jours après le déclenchement. J'ai essayé d'alerter la presse, mais on ne me répondait pas ou c'était (par exemple dans un grand hebdo de gauche),"... mais Madame, si c'était vrai votre histoire, vous imaginez bien qu'on en aurait déjà parlé ! C'est tellement grave que ce n'est pas possible que cela nous ait échappé !" Je cumulais toutes les tares : j'étais provinciale, je n'étais pas une signature connue et j'annonçais une nouvelle qui n'était pas politiquement correcte...
Beaucoup plus récemment, alors qu'il y avait déjà de nombreux articles un peu partout et que je proposais un papier, il m'a été répondu texto dans un hebdo "Pas maintenant, il faut attendre que la sauce prenne…" ( !)


  Revenons à l'époque des bombardements…


Le 9 avril 99, j'ai envoyé, un article -ou plutôt un papier d'opinion- au Monde, à Edwy Plenel (le directeur de la rédaction-ndlr). Pas de réponse. Au même moment, ce quotidien publiait des articles demandant des moyens militaires supplémentaires... Je ne peux pas penser un seul instant que mes éminents confrères spécialisés dans les affaires de défense n'étaient pas au courant pour les A 10. S'ils ne l'étaient pas, ce que je disais aurait dû les alerter. Ce n'est que trois mois plus tard qu'un administratif du Monde m'a répondu que vu le volume d'infos et malgré l'intérêt de mon papier, il n'y avait pas de place dans les colonnes du journal.
Il a fallu attendre dix-huit mois de plus pour que Jacques Isnard (journaliste spécialisé dans les problèmes de Défense. Ndlr.) sorte un article sur les dangers de l'U.A. en prenant des infos dans mon livre... Et sans me citer.


  En revanche, vous ne pouvez pas dire que votre livre a été boycotté ni que le sujet n'est toujours pas traité …


Absolument. Depuis que l'association Avigolfe est née, la presse a fait un énorme travail. Mais tout n'est pas réglé pour autant. Un seul exemple : dernièrement, un rédacteur en chef télé de week-end s'est opposé à la diffusion d'un témoignage de malade. La rédaction (de France 2-ndlr) a dû se battre plusieurs jours pour qu'il le soit.


  Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent, ouvertement ou non, votre double "casquette" de journaliste et d'animatrice d'une association de victimes ?


Tant qu'il n'y a pas eu de reconnaissance claire de la réalité par les autorités françaises, je considère que mon enquête n'est pas validée. Même si elle l'est objectivement. Par ailleurs, on peut être journaliste et citoyen il me semble, non ?


 
 Quelques liens...

Un dossier U.A. sur le site du journal suisse "Le Courrier".

Le syndrome en Belgique

sur le site de la RTBF

Une revue de la presse italienne dans Courrier International

Le syndrome dans 13 pays selon Le Monde en janvier 2001

"Iraq apocalypse", d'après Jean-Marie Benjamin, prêtre, réalisateur et écrivain.

" Uranium, une communication appauvrie "
L'émission d' " Arrêt sur Image " du 08.02.01


" Ces armes si conventionnelles "
: un premier article de C.Abdelkrim-Delanne dans Le Monde Diplomatique de juin 1999


Une synthèse du quotidien El Pais sur l'utilisation de l'UA dans les Balkans et ses effets sur l’organisme. Cartes et explications nécessitant Flashplayer.

L'association espagnole SODePaz qui se présente comme "la conscience
critique" des relations Nord-Sud consacre un dossier (un peu brouillon) à l'UA. On peut néammoins y retrouver des articles de Noam Chomsky sur le sujet. et des liens vers d'autres médias militants.

Ecologistas en Acción est un groupement de 300 groupes écologistes et militants espagnols. Le site propose un dossier sur l'utilisation de l'UA (principalement dans les Balkans)

L’Italie recense le plus grand nombre de militaires atteints. Un dossier et un forum de La Republica en Anglais et italien.

Un site de référence scientifique et militant : celui de l'observatoire des
armes nucleaires françaises de Bruno Barillot, animateur du CDRPC (Centre de
documentation et de recherche sur la paix et les conflits).



 

 
         
    Interview réalisée par Pierre-Yves Schneider le 20.02.01