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Cousins des sites européens et frères des états-uniens, les sites santé d'Amérique su Sud sentent l'uniformisation à plein nez… Ce qui n'est guère surprenant pour un sous-continent aussi influencé par le modèle économique ambiant et notamment par ses recettes en matière d'e-commerce. Mais l'Amérique Latine reste avant tout une région en développement, abritant une population pauvre dont l'accès aux nouvelles technologies est très limité. Balade latine…


S'adressant à une population quasi homogène sur le plan linguistique, les sites et portails santé latino-américains sont d'emblée "continentaux". www.planetavida.com.br propose son contenu dans les deux langues et la plupart des sites offrent la possibilité de cibler l'information selon les pays : le Mexicain qui navigue sur www.areasalud.com pourra cliquer sur un petit drapeau national pour obtenir toute l'info santé spécifique de chez lui. Idem pour l'Argentin, le Chilien, etc… Ce détail mis à part, on se rend vite compte que ces sites latinos ressemblent à ceux du grand voisin du nord et, dans une moindre mesure, aux sites européens… légerement plus sobres question pub.

Comme une vague ressemblance...

Si les législations diffèrent d'un pays à l'autre, la publicité pour les médicaments est néanmoins visible partout et donc source d'une grande confusion: sur le site www.mediweb.com.mx (pourtant garanti par HON) la pub des labos flirte dangereusement avec des informations qui se veulent objectives et des fenêtres entières sont réservées aux publicommuniqués de l'industrie pharmaceutique. Pour tenter de les distinguer de la production originale du site, on se décide à cliquer pour entrer en contact avec "l'auteur" de l'article. On tombe, alors, ô miracle, sur Glaxowellcome.co.uk*...

Avant tout pour les femmes...

Sans réelle surprise, on retrouve sur les sites latino-américains les mêmes dérives qu'ailleurs... Qui rédige et selon quelles sources ? Un papier palpitant sur la cellulite, signé par un auteur non référencé par www.salud.com et qui nous propose "de rappeler au 5559 6563 pour plus d'informations"...
Le rubricage laisse parfois songeur quand, au détour d'un site a priori sérieux et professionnel, on nous propose l' horoscope et des tests de surcharge pondérale. Le tout noyé dans un dossier consacré aux femmes, digne des magazines féminins bas de gamme (www.saude.br). En Amérique Latine comme ailleurs, les femmes sont censées s'occuper de leur(s) forme(s)...
Avec cette familiarité si répandue en Amérique Latine, la quasi totalité des sites propose des "Preguntas al doctor" ou "Perguntas ao doutor" (les questions au docteur) : "Ton médecin sur Internet", "Demande lui ce qui ne va pas", "Je suis là pour vous servir" répond le Docteur Tuohy sur www.mydocsalud.com. À l'envoi d'une question, certains répondent avec sérieux, d'autres laissent votre inquiétude errer dans le cyberdésert. Ou encore, vous recevez un mail bourré de fautes d'orthographes, totalement imprécis mais qui, c'est gentil, vous renvoie à une émission de radio interactive qu'on écoute en Argentine de 18h à 19h.

2% de connectés en 1999...

Si, dans certains pays (comme le Mexique, le Chili, le Brésil et l'Argentine) les niveaux et les styles de vie sont comparables à ceux des pays dits "développés", pour l'immense majorité des latino-américains, l'accès à l'Internet est encore restreint et les préoccupations d'hygiène et de santé parfois un luxe. Selon les données publiées par le Journal du Net le nombre d'internautes en Amérique latine était de 10,6 millions en 1999 sur une population de plus de 500 millions d'habitants, mais ce chiffre -déjà très faible- masque bien des disparités : 2,5 % d'internautes au Mexique, 5,11 % au Brésil, 1,4 % en Colombie alors que pour la Bolivie et le Nicaragua (deux des pays les plus pauvres de la planète) on ne trouve même pas de données disponibles.
Ainsi, sur ce continent l'info santé sur Internet concerne deux cibles : des patients sous-informés et surtout des médecins souvent isolés. Le Dr. Gonzalo Diaz propriétaire et animateur du site www.Drgdiaz.com a passé des années à améliorer les techniques d'imagerie médicale, notamment l'échographie. Son site Internet se veut à la fois une mine d'information pour les médecins et un moyen de conseiller des patients qui lui envoient leurs échographies numérisées. "Je suis un pionnier et je dois reconnaître que l'utilité des sites médicaux est très restreinte même pour les médecins. Selon une enquête personnelle menée auprès de 2000 médecins colombiens l'année dernière: 1% seulement détenaient un ordinateur et dans ce groupe, 1 sur 10 etait connecté.…"
L'impact de l'Internet santé en Amérique Latine se limite à une contradiction difficilement surmontable : faire circuler une information qui vise à l'amélioration du bien-être mais dont la nature même exclut l'immense majorité de la population. Brésilien, le dr Sergio P. Ramos, responsable du site www.gineco.com.br, reconnu pour sa qualité et son sérieux au Brésil, explique néanmoins que "dans des sociétés parfois très conservatrices, où les femmes sont encore confinées à des rôles traditionnels, l'information proposée sur des sites comme www.gineco.com.br favorise un discours plus libre sur la sexualité et la contraception". Son site, comptabilise presque 100,000 pages visitées par mois (le Brésil compte 168 millions d'habitants).
Sur l'ensemble du sous-continent, l'Internet est à la base de nombreux projets de santé publique mais la fracture numérique sera difficile à soigner.

Raphaële Bail.

*HON: Health On the Net foundation -une association créée en 1995- a mis au point une charte garantissant la qualité de l'information santé sur Internet. HON accorde son logo aux sites respectant les engagements de la charte.
*Glaxowellcome est l'une des plus grandes entreprise de recherches pharmaceutiques au monde.