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La santé publique
en otage
d'Eric
Giacometti aux
éditions Albin Michel.








À lire :
Le journalisme médical, un bien beau métier,
par Eric
Giacometti paru dans la revue Pratiques. L'information et le patient :
Les illusions de la transparence.
(n°12 Décembre/Janvier 2000
)


 


En 1994, Philippe Douste-Blazy, ministre de la Santé prône la vaccination contre l'hépatite B pour toute la population française. Une vaste campagne de communication est lancée. Succès total : 25 millions de vaccinés. Puis arrêt soudain en octobre 98, à la demande de Bernard Kouchner. Dans "La santé publique en otage", Eric Giacometti, journaliste d'investigation à "Aujourd'hui-Le parisie " révèle, à sa manière, tous les enjeux méconnus de cette affaire : financiers, politiques, médicaux. Une mise en cause également sévère des médias spécialisés ou non, accusés entre autres, d'être de simples communicants des laboratoires pharmaceutiques et d'avoir négligé les nombreux "accidents" liés très probablement à cette vaccination généralisée.


  Votre livre est sorti en janvier. Quelles ont été les réactions ?

Pour le moins contrastées… En tout cas, on peut parler d'omerta pour ce qui est de la presse médicale ! Ils doivent considérer que cette enquête n'apporte rien de neuf. Ces chers confrères connaissent sûrement mieux le sujet que moi ! Cela dit, certains ont réagi, mal à l'aise, me téléphonant et reconnaissant qu'il y avait un vrai problème d'info médicale dans cette affaire mais qu'ils ne pouvaient pas parler du bouquin.

 Quelle est la réalité de ce malaise ?

C'est simple. La presse médicale est financée à 90% par les laboratoires pharmaceutiques. Ils ne sont pas masos. Ils ne vont pas parler d'un livre qui leur tape dessus ! D'autres sont davantage de bonne foi. Ils pensent réellement que parler des dangers du vaccin peut affoler les gens, et les médecins en particulier.

 Quels reproches faites-vous précisément aux journalistes dans cette affaire de vaccination ? Et tout d'abord à ceux qui travaillent dans la presse médicale ?

Ils ne font que de la communication. Ils n'enquêtent pas, ils n'investiguent jamais. Ces gens se contentent de reprendre les déclarations des labos ou des leaders hospitaliers pro-vaccinaux à l'occasion de conférences de presse organisées à leur intention. Ils tiennent la plume d'autres intérêts. C'est comme ça. Dans ce milieu, on ne remet pas en cause les intérêts pharmaceutiques.

 Ce sont souvent des journalistes-médecins…

Oui mais souvent médecin avant d'être journaliste. À savoir qu'ils n'ont pas l'esprit critique très développé et qu'ils se contentent de l'aspect superficiel des choses. Le leitmotiv, c'est toujours : "tout va bien, n'affolons personne. La santé est en de bonnes mains…"

 Et pour ce qui est de la presse d'information générale ?

Dans cette affaire, les chroniqueurs médicaux se sont contentés, pour l'essentiel, des déclarations des laboratoires. Ce n'est pas le cas de la presse quotidienne régionale qui a publié des témoignages de victimes. L'explication pour la P.Q.R. c'est la culture de proximité. Quand une personne ordinaire vous téléphone et vous dit "je suis victime d'un vaccin ou d'un médicament", le premier réflexe, ce n'est pas de raccrocher mais d'aller la rencontrer. Ce n'est qu'après que l'on peut juger si l'info est pertinente. En revanche, pour la plupart des chroniqueurs médicaux de la presse nationale, pas tous heureusement, c'est "le vaccin est bon. Circulez, y'a rien à voir…"
La ligne éditoriale du Monde, c'est leur affaire, c'est vrai… mais je n'ai lu aucun témoignage dans ce quotidien. Le problème, plus général, c'est que l'investigation dans le domaine médical est très peu développée en France, y compris dans les grands médias. Simplement parce que l'info médicale est trop riche ?

  En l'occurrence, lorsqu'un journal sort une affaire, les autres pourraient suivre…

La preuve que non. Et c'est souvent le cas à propos des effets indésirables de certains médicaments. Je pense à une affaire récente sur un produit "coupe faim". Qui a enquêté ?

  Votre réquisitoire est particulièrement féroce à l'égard des chroniqueurs médicaux de l'audiovisuel public…

Il est tout de même ahurissant que dans une affaire où l'on recense 1800 personnes qui s'estiment victimes et qui développent des maladies graves, on n'aille pas les interroger !
Curieux médecins que ces médecins ! Curieux journalistes que ces journalistes !

  Ces chroniqueurs radio ou télé ont une responsabilité particulière parce qu'ils sont écoutés par des millions de personnes. Ce sont des journalistes, mais aussi des médecins et des "communicants" de santé publique…

Vous avez utilisé le bon terme : communicant. On se contente de donner une vérité.
Quant à la responsabilité des journalistes médicaux, pour moi, cela s'apparente à de la fainéantise. C'est l'excuse rêvée pour ne pas enquêter. On se dit : ça va affoler, donc on met le couvercle. Dans une interview parue dans Le Panorama du Médecin, un spécialiste expliquait que c'était les journalistes de télé eux-mêmes qui lui conseillaient de ne rien dire, de ne pas souffler sur les braises. Cela veut tout dire !
Je raconte qu'un jour, en 98 sur France 2, il y a eu un conflit violent entre deux journalistes, dont le chroniqueur médical. Ainsi, le téléspectateur a eu droit à une info et deux versions différentes. A 13 heures : tout va bien. A 20 heures : Attention danger. Bravo pour le pluralisme, mais…

  Et l'attaque en règle contre le chroniqueur de France-Infos et de la Cinquième ?

Il le reconnaît lui-même. Il n'est pas journaliste. Il fait de la com' médicale. Un bon pédago qui fait de la "bobologie", mais question culture journalistique, c'est zéro pointé !
Il a créé une société qui lui sert à gérer ses "ménages". À savoir qu'il est payé par l'industrie pharmaceutique pour organiser ou animer des journées de formation pour des médecins. À partir du moment où vous êtes payés, vous ne pouvez pas avoir d'attitude critique.
En ce qui concerne les ménages, je ne suis pas forcément contre, mais cela ne doit pas interférer sur le traitement de l'info. Quand vous touchez 25 000 francs pour une journée- c'est ce que l'on m'a proposé un jour- comment garder votre indépendance  ?
Et ici, il ne s'agit pas du secteur automobile ou des cosmétiques. Il s'agit de la santé et il en va de l'intégrité physique des gens !

  N'y a-t-il pas un certain confort intellectuel à attaquer les "confrères" quand on est journaliste d'investigation ?

Confort, certainement pas. On se voit attaqué en diffamation, honni par certains confrères, et boycotté par le milieu. Début février, un laboratoire organise une conférence de presse pour innocenter le vaccin. Le livre est sorti. Ni les autres journalistes qui ont enquêté, ni moi n'avons été invités. Uniquement les journalistes amis. C'est délirant !

  Vous continuez votre travail d'investigation pour le Parisien ?

Non, j'enquête moins, étant désormais chef de service adjoint. Et ce n'est pas plus mal, parce que je suis vraiment écœuré par les pratiques de ce milieu.

Interview réalisée par Pierre-Yves Schneider le 19.02.01