
Michel
Cymes,
Médecin, présentateur de la chronique santé
de France
Info et d'émissions sur la Cinquième.
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Michel
Cymes est médecin ORL. Il présente chaque jour
la chronique santé sur France Info et anime des émissions
régulières sur la Cinquième. Il s'explique
ici sur son métier de chroniqueur médical, évoque
sa responsabilité éditoriale et ses relations
avec les laboratoires. C'est aussi une réponse "missile"
lancée vers Eric Giacometti,
l'auteur de "La santé publique en otage".
Vous
êtes médecin et non journaliste
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Je
ne suis pas journaliste selon la définition du
métier qui impose d'être titulaire de la
carte de presse. Mais, je me considère à
la fois comme médecin ET journaliste. Sans en
revendiquer le titre puisque depuis dix ans que je fais
de l'information sur France Info, on me reproche régulièrement
de ne pas avoir ma carte !
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Quelle différence alors entre votre activité et
celle que d'autres considèrent comme un vrai travail
de journaliste ?
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Mais,
je ne crois pas qu'il y ait de différence ! Pour
moi qui n'ai pas été formé dans
une école professionnelle, être journaliste,
c'est informer dans un domaine dans lequel on a acquis
une certaine compétence. Pour ce qui est de la
médecine, j'estime que je suis compétent
puisque je suis médecin ! Le métier de
journaliste, c'est de vulgariser, d'informer et de décrypter
des infos qui sont complexes. En direction d'un public
qui n'a pas le bagage scientifique lui permettant de
comprendre tout ce qui se passe. J'ai commencé
sur Europe 2 ; depuis dix ans, à France Info,
je fais mes chroniques et j'interviens régulièrement
dans les journaux d'actualité. Depuis huit ans,
je suis responsable d'une émission sur la Cinquième.
C'est donc bien que les directeurs de rédaction
et d'antenne me font confiance et me permettent d'exercer
le même boulot, le même métier que
les autres journalistes, non ?
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Avec les mêmes principes professionnels et déontologiques,
à savoir recouper, vérifier l'info, ne pas
dépendre d'intérêts financiers
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Exactement.
Quand je travaille, je recoupe mes sources, j'essaie
de voir si parfois je ne suis pas manipulé. Ne
pas balancer une info sans la vérifier
Mais je suis médecin de formation. Les infos
scientifiques, je n'ai pas besoin de les recouper.
L'essentiel, je l'ai dans la tête.
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Certains
vous reprochent de ne pas enquêter sur les "affaires"
de santé publique
?
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Je
réponds que je ne suis pas un journaliste d'investigation.
Ce n'est pas mon métier. Il m'arrive
pour la Cinquième de réaliser des enquêtes,
quand j'en ai les moyens. Mais il faut beaucoup
de temps. Comment procéder quand on est à
l'antenne, radio et télé, au quotidien
? Les journalistes d'investigation, eux, vont sortir
un article seulement après deux ou trois mois
de travail ! Et puis, il y a les bons et les mauvais
"J'intéresse
les labos, c'est normal"
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Vous
est-il déjà arrivé de dénoncer publiquement
des pressions exercées par certains acteurs économiques
de la santé ?
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Moi,
en tout cas, je n'ai jamais subi de pressions directes.
J'ai connu, en revanche, des marques d'indélicatesse
à mes débuts à France Info. Une tentative
de "corruption" d'un laboratoire qui voulait
que je traite un sujet précis. Je l'ai tout de
suite envoyé balader et j'ai boycotté le
sujet et le labo pendant plusieurs mois. Depuis, je n'ai
subi aucune pression. Ni de la part de mes directions,
ni de la part des labos. Je crois que le fait d'être
médecin entraîne une sorte de respect de
la part des uns et des autres. Les labos, je suis en contact
avec eux par l'intermédiaire de leur direction
de la communication parce qu'en tant qu'informateur grand
public, je les intéresse bien sûr, mais aussi
par l'intermédiaire des visiteurs médicaux
en tant que praticien. Hier, en cabinet privé,
aujourd'hui à l'hôpital. N'oublions pas,
c'est un fait, que l'essentiel de l'information passe
par eux.
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La
presse médicale professionnelle peut elle revendiquer
un principe d'indépendance par rapport aux laboratoires
pharmaceutiques ?
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Personne
n'est dupe, ni les directeurs ni les journalistes.
Il est évident que tant que cette presse dépendra
en grande partie des annonceurs, il lui sera très
difficile d'affirmer une indépendance totale.
Comment écrire un article assassin sur un médicament
alors que deux pages plus loin, un même laboratoire
s'offre une pleine page de pub sur un autre sujet
?
Maintenant, il suffit de lire le Quotidien du médecin
pour constater qu'il y a tout de même des articles
de fond qui sont, semble-t-il, indépendants.
Est-ce que les articles thérapeutiques sur les
médicaments le sont
ça c'est autre
chose
Quand le Nouvel Obs ou l'Express, par exemple, veulent
traiter le syndrome de la classe économique dans
les vols Air France, n'ont-ils pas le même problème
par rapport à la pub ? Je n'en sais rien.
"Certains
font de l'investigation de bas étage"
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Comment
concevez-vous votre responsabilité éditoriale
de chroniqueur médical ?
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Cette
responsabilité est monstrueuse. J'ai la chance
d'avoir six millions d'auditeurs et 1,5 millions de téléspectateurs
potentiels. Chaque mot doit être posé. Nos
propos, parce que l'on est médecin ont une telle
crédibilité qu'ils influencent énormément
les comportements, qu'il s'agisse de conseils de prévention
ou de soins. Mais cette responsabilité, elle est
également valable pour d'autres, dans la presse
écrite. Quand le Parisien titre "Le vaccin
anti-hépatite B est il dangereux ?",
là, c'est de l'irresponsabilité.
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Mais
lenquête journalistique est également indispensable
!
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Désormais,
il y a une vigilance assez extraordinaire de la part de
certains journalistes dinvestigation. Le sang contaminé,
lhormone de croissance, le prion
ce sont des
affaires qui ne peuvent plus être enterrées
et cest très bien. Certains journalistes
ont un rôle essentiel de surveillance du système
de santé. Ainsi Anne -Marie Casteret
(1) a réalisé un véritable travail
de salubrité publique : parce quelle connaît
parfaitement le domaine de la santé et quelle
ne sest pas embarquée sur nimporte
quoi. Contrairement à dautres qui font de
linvestigation de bas étage, des fouille-merde
qui se disent : "Il y a un créneau à
prendre. Personne ne défend les victimes du vaccin
, je vais me mettre dessus et je ne vais pas lâcher
".
Chacun devrait reconnaître son seuil de compétence
! Tant quun journaliste critique ou dénonce
le marketing, la communication, les labos ou Douste-Blazy
dans cette affaire de vaccins, japplaudis des deux
mains. Dès quil sintéresse à
la médecine et traite dun dossier quil
ne maîtrise pas, alors, il prend une responsabilité
énorme, de même que ceux qui reprennent ensuite
ses papiers.
(1) Anne-Marie Casteret a été
l'une des premières journalistes à enquêter
sur l'affaire du sang contaminé. |
Interview
réalisée par Pierre-Yves
Schneider le 09.02.2001 |