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Michel Garcin
Directeur des rédactions dAlpes
1 FM, Michel Garcin est aussi chargé
denseignement à lInstitut Communication
et Médias de lUniversité Stendhal
(I.C.M.)
et à
lInstitut dEtudes Politiques de Grenoble.
Par
ailleurs, il pilote la partie journalistique de la future
Web-télé de l'Université.
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La chute d'Alain Carignon, maire de Grenoble et ministre
du gouvernement Balladur, fut au milieu des années 90
le résultat, en partie, du travail d'investigation de
journalistes locaux. Michel Garcin, 50 ans, est l'un d'entre
eux. Ancien éducateur, devenu journaliste sportif, reporter
radio puis rédacteur en chef de Radio-France Isère,
il vient de prendre la direction des rédactions d'Alpes
1, la FM du Dauphiné qui monte. Cet ancien rugbyman
reste un pilier de l'info grenobloise. C'est aussi un passionné
d'audiovisuel et de nouvelles technologies. Un journaliste sensible
et volontaire, toujours enthousiaste mais légèrement
amer quand il s'agit d'évoquer l'évolution du
métier.
C'est
quoi le problème ?
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Ce
n'est pas propre à l'info locale. Ce n'est pas
non plus de la responsabilité des politiques sur
lesquels il est de bon ton de taper. Non, mon amertume,
c'est plutôt à l'égard des confrères,
des journalistes. Dorénavant, on mélange
tout, contenu et information et pas seulement sur Internet.
Tout métier est respectable, y compris "communiquant",
mais quant même, le journaliste qui enquête,
qui cherche, qui se pose des questions, il n'y en a plus
beaucoup ! |
Ce
travail d'investigation réalisé ces dernières
années, c'est oublié ?
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C'est
assez étrange, à l'heure où il n'y
a jamais eu autant de magazine d'investigation à
la télévision. Mais ici les gens s'en moquent.
Personne n'a plus envie de parler de ça. Des affaires,
pourtant, il y en a toujours. Au tribunal, les procès
d'élus ou de chargés de mission se succèdent
dans l'indifférence générale. Les
journalistes y sont très peu présents. L'un
des derniers en date avant l'été, celui
de Richard Cazenave, pourtant député RPR
en titre, se solde par une forte peine de prison avec
sursis : tout juste quelques lignes dans le DL (Dauphiné
Libéré). Par contre, on disserte des jours
et des jours sur la qualité de la pelouse du stade
et la montée éventuelle de l'équipe
de foot en 2ème division! Là, je n'attaque
pas mes confrères. Au DL, ils sont comme moi, ils
ont envie de poser les bonnes questions, mais bon, le
temps a passé, leur énergie s'est émoussée.
Je connais une consoeur qui continue régulièrement
à enquêter sur des dossiers sensibles, mais
ses papiers ne sont jamais publiés. Fatiguant et
frustrant, non ? Paradoxalement, j'ai l'impression que
tout ce qui s'est passé à Grenoble est encore
trop présent, que les gens sont blasés et
puis, d'autre part, des "camps" de journalistes
se sont formés. |
Les
journalistes ne se parlent pas ?
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Si,
bien sûr ! Par exemple, il y a le "Club de
la presse" : des pots, des sorties. Joie et bonne
humeur ! Mais personne, ni du Dauphiné, ni de M6,
ni de France 3, ni d'Alpes 1 n'y participe. Ambiance !
En tout cas, le débat autocritique sur l'époque
Carignon n'a pas eu lieu. |
Comment
expliquer que les journalistes de proximité, selon
la formule que vous préférez, ne se battent
pas davantage ?
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Ce
n'est pas un problème spécifiquement local.
Aujourd'hui, on se contente de donner la parole aux uns
et aux autres plutôt que d'enquêter. Un exemple
: il y a plusieurs semaines, Raymond Avrillier, un emmerdeur,
c'est vrai, y compris avec les journalistes, mais aussi
un vrai bosseur (adjoint écolo à la mairie
de Grenoble-NDLR) a dénoncé la nomination
de Jérôme Monod (ex-PDG de la Lyonnaise des
eaux-NDLR) comme conseiller auprès de Jacques Chirac.
C'est-à-dire, payé par l'Etat alors qu'il
était, par ailleurs, toujours dans le privé,
et donc juge et partie dans de nombreux dossiers. |
L'Elysée
a aussitôt démenti.
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Oui,
et alors ? Tout le monde ou presque s'est contenté
d'un communiqué alors que le dossier d'Avrillier
est très documenté. J'ai moi-même
pu vérifier que Monod était encore membre
de plusieurs conseils d'administration début octobre.
Cela me rappelle Denis Robert (ex journaliste d'investigation
à Libération). Je l'entends encore tout
fou un jour de scoop sur les affaires : "Ca
y est avec l'info que j'ai, cela va foutre le feu !"
et puis le lendemain, abattu, le scoop avait été
accueilli dans l'indifférence générale,
une nouvelle info ayant chassé la première.
Bon, maintenant, il n'est plus journaliste, il écrit
des romans ! |
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