Tocsin vous sonne les cloches
) Inscrivez-vous à la lettre d'information (

           
Dossier    >  Rencontres de terrains  >  Chacun cherche son web
>
Regards d'usagers
  > M.Garcin :"On n'enquête plus, on donne la parole..."
> Chronique révoltée.
> P-H.Allain :Pigiste attitré.
> Prix Varenne : Humeurs de primés.
  > C. de Laubier : Pas "Net" la presse ?
> La guerre des "cityguides"
 

>Interpeller la presse.
>Sondage :le regard des usagers des médias locaux de la région de Grenoble.

> 14 Unes de la presse quotidienne régionale sous les yeux

 



Michel Garcin

Directeur des rédactions d’Alpes 1 FM, Michel Garcin est aussi chargé
d’enseignement à l’Institut Communication et Médias de l’Université Stendhal (I.C.M.) et à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble. Par
ailleurs, il pilote la partie journalistique de la future Web-télé de l'Université.


 
La chute d'Alain Carignon, maire de Grenoble et ministre du gouvernement Balladur, fut au milieu des années 90 le résultat, en partie, du travail d'investigation de journalistes locaux. Michel Garcin, 50 ans, est l'un d'entre eux. Ancien éducateur, devenu journaliste sportif, reporter radio puis rédacteur en chef de Radio-France Isère, il vient de prendre la direction des rédactions d'Alpes 1, la FM du Dauphiné qui monte. Cet ancien rugbyman reste un pilier de l'info grenobloise. C'est aussi un passionné d'audiovisuel et de nouvelles technologies. Un journaliste sensible et volontaire, toujours enthousiaste mais légèrement amer quand il s'agit d'évoquer l'évolution du métier.


 C'est quoi le problème ?
Ce n'est pas propre à l'info locale. Ce n'est pas non plus de la responsabilité des politiques sur lesquels il est de bon ton de taper. Non, mon amertume, c'est plutôt à l'égard des confrères, des journalistes. Dorénavant, on mélange tout, contenu et information et pas seulement sur Internet. Tout métier est respectable, y compris "communiquant", mais quant même, le journaliste qui enquête, qui cherche, qui se pose des questions, il n'y en a plus beaucoup !

 Ce travail d'investigation réalisé ces dernières années, c'est oublié ?

C'est assez étrange, à l'heure où il n'y a jamais eu autant de magazine d'investigation à la télévision. Mais ici les gens s'en moquent. Personne n'a plus envie de parler de ça. Des affaires, pourtant, il y en a toujours. Au tribunal, les procès d'élus ou de chargés de mission se succèdent dans l'indifférence générale. Les journalistes y sont très peu présents. L'un des derniers en date avant l'été, celui de Richard Cazenave, pourtant député RPR en titre, se solde par une forte peine de prison avec sursis : tout juste quelques lignes dans le DL (Dauphiné Libéré). Par contre, on disserte des jours et des jours sur la qualité de la pelouse du stade et la montée éventuelle de l'équipe de foot en 2ème division! Là, je n'attaque pas mes confrères. Au DL, ils sont comme moi, ils ont envie de poser les bonnes questions, mais bon, le temps a passé, leur énergie s'est émoussée. Je connais une consoeur qui continue régulièrement à enquêter sur des dossiers sensibles, mais ses papiers ne sont jamais publiés. Fatiguant et frustrant, non ? Paradoxalement, j'ai l'impression que tout ce qui s'est passé à Grenoble est encore trop présent, que les gens sont blasés et puis, d'autre part, des "camps" de journalistes se sont formés.

 Les journalistes ne se parlent pas ?

Si, bien sûr ! Par exemple, il y a le "Club de la presse" : des pots, des sorties. Joie et bonne humeur ! Mais personne, ni du Dauphiné, ni de M6, ni de France 3, ni d'Alpes 1 n'y participe. Ambiance ! En tout cas, le débat autocritique sur l'époque Carignon n'a pas eu lieu.

 Comment expliquer que les journalistes de proximité, selon la formule que vous préférez, ne se battent pas davantage ?

Ce n'est pas un problème spécifiquement local. Aujourd'hui, on se contente de donner la parole aux uns et aux autres plutôt que d'enquêter. Un exemple : il y a plusieurs semaines, Raymond Avrillier, un emmerdeur, c'est vrai, y compris avec les journalistes, mais aussi un vrai bosseur (adjoint écolo à la mairie de Grenoble-NDLR) a dénoncé la nomination de Jérôme Monod (ex-PDG de la Lyonnaise des eaux-NDLR) comme conseiller auprès de Jacques Chirac. C'est-à-dire, payé par l'Etat alors qu'il était, par ailleurs, toujours dans le privé, et donc juge et partie dans de nombreux dossiers.

L'Elysée a aussitôt démenti.

Oui, et alors ? Tout le monde ou presque s'est contenté d'un communiqué alors que le dossier d'Avrillier est très documenté. J'ai moi-même pu vérifier que Monod était encore membre de plusieurs conseils d'administration début octobre. Cela me rappelle Denis Robert (ex journaliste d'investigation à Libération). Je l'entends encore tout fou un jour de scoop sur les affaires : "Ca y est avec l'info que j'ai, cela va foutre le feu !" et puis le lendemain, abattu, le scoop avait été accueilli dans l'indifférence générale, une nouvelle info ayant chassé la première. Bon, maintenant, il n'est plus journaliste, il écrit des romans !
 
   
   
Propos recueillis par Pierre-Yves Schneider, à Grenoble, le 14 novembre 2000.