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Pierre-Henri Allain
Journaliste à Rennes. Correspondant de Libération, de l'agence Reuters et de l'hebdomadaire Le Point.


 

Journaliste depuis une quinzaine d'année sur Rennes, Pierre-Henri Allain, 41 ans, est le correspondant, pour la Bretagne, du quotidien Libération, du magazine Le Point et de l'agence de presse britannique Reuters. Pigiste, il ne travaille que lorsqu'on lui commande un papier ou qu'une rédaction accepte un de ses sujets. Une position particulière et indépendante dans l'univers des journalistes qui lui permet d'être à la fois proche du terrain tout enbénéficiant de la distance créée par son statut et par les médias qui l'emploient. Ce qui lui donne plus de liberté dans son rapport avec les notables locaux, ce qui n'est pas sans quelques inconvénients.


 Vu votre statut un peu particulier, pensez-vous avoir davantage de liberté pour travailler que vos collègues localiers ?

Oui complètement. Quelqu'un qui travaille dans une rédaction locale a, à mon avis, moins les coudées franches et ne peut s’engager trop sur certains sujets. La différence avec les "locaux locaux" c’est qu’ils travaillent quotidiennement avec des gens, avec une mairie, une chambre de commerce... Ils font un suivi régulier et peut-être qu’ils sont alors plus obligés de trouver un modus vivendi avec toutes ces institutions, sinon il y a le risque de voir des portes qui se ferment. Ceci dit je ne suis pas dans leur peau. Je ne peux pas parler à leur place.
Mais ce qui est sûr, c’est que de mon côté, je vais voir ces gens là très ponctuellement; par rapport à un évènement précis qui a un rententissement national. A ce moment-là soit je vais voir untel ou untel parce qu'il aura un éclairage à m'apporter ou qu'il est au coeur du sujet qui m’intéresse, mais cela reste très ponctuel. Au coup par coup. Ce type-là, je ne sais pas si j'aurai besoin de le revoir dans une semaine, un mois, un an.

Vous avez moins le danger de vous griller auprès de vos interlocuteurs ?

Dans la mesure où ils acceptent de me parler, oui. Je ne vois pas quels moyens de pression ils peuvent exercer. Le seul, c’est par rapport aux supports nationaux pour lesquels je peux travailler. Si travaillant pour Canal plus, j’étais amené à interviewer monsieur Messier, peut-être que je ne pourrais pas passer quelque chose à Canal puisque Vivendi en est actionnaire. Mais à mon niveau ce n’est jamais arrivé. Je fais un peu de média fiction...


Vous vous considérez comme un journaliste de presse nationale qui a l’avantage d’être proche du terrain ou comme un journaliste local travaillant pour des médias nationaux ?

Je me considère plus comme un journaliste de presse nationale proche du terrain. Ceci dit, le terrain est immense. Pour Libé je couvre les quatres départements bretons. Pour Reuters c’est encore plus vaste. L’autre jour j’ai dû aller à Cherbourg, et je n'y connaissais personne. Parfois j’arrive dans des villes comme si je venais de Paris. Cela ne fait pas de différence dans mon rapport aux élus, aux décideurs, à la population. Je me retrouve un peu dans la situation d'envoyé spécial et non pas comme celle du localier qui travaille sur un secteur beaucoup plus restreint, qui connaît tout le monde.
Ce qui leur apporte des avantages, car ils ont accès à des informations que nous n'avons pas. Entretenir des relations suivies avec un hôtel de police ou une brigade de gendarmerie ça permet aussi parfois d'avoir des informations impossibles à obtenir si l'on ne fait que débarquer.


Les avantages et les inconvénients du travail en local pour la presse nationale ?

Ce qui est positif, c’est que j'ai du recul, je suis indépendant, j’organise mon temps comme je veux, bien qu’il me faille être très disponible pour Reuters à toute heure du jour ou de la nuit. D’un côté, il y a l'indépendance qui permet de profiter des moments où il ne se passe pas grand-chose. En même temps on est un peu isolé : on ne sait pas ce qu’il se passe à Paris, ce qui se décide dans les rédactions. Des rédactions parisiennes qui ont tendance à vous oublier quand elles n'ont pas besoin de vous. Mais bon c’est vrai : c’est plaisant d’avoir le recul et de ne se sentir engagé avec personne. C'est aussi un état d’esprit : si j'ai quelque chose à dire sur quelqu’un, qui est avéré et juste et qu’il me semble important de transmettre, ça m’est égal si cette personne ne veut plus me recevoir par la suite.


Arrive-t-il que vos collègues du local vous "donnent" des sujets parce qu’ils ne peuvent pas les traiter dans leur journal ?

Non ce n’est pas aussi clair que cela . Mais il arrive parfois qu’un collègue me dise, "tiens j’ai traité ce sujet, mais je n’ai pas pu traiter tous les angles" ou "tiens ce serait un bon sujet pour Libé". Ca arrive parfois, mais c'est rare.


Propos recueillis par Cécile Plet le 16 Novembre 2000