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>Interpeller la presse.
>Sondage :le regard des usagers des médias locaux de la région de Grenoble.

> 14 Unes de la presse quotidienne régionale sous les yeux

 
 
Créée à l'origine pour lutter contre le monopole régional du Dauphiné Libéré, l'association "Interpeller la presse" organise, coûte que coûte, et chaque année depuis 1986 un forum de réflexion critique pour les usagers de l'information. Les nouveaux enjeux de la révolution numérique justifient que ses militants poursuivent cette expérience unique en France. Probablement en imaginant de nouveaux moyens de débattre... et à condition que des plus jeunes s'y collent !

Tout a commencé à Grenoble en 1972 par le "vidage" d’un rédacteur en chef du Dauphiné Libéré de l’amphi de Sciences Po où il enseignait. Un geste musclé mais réfléchi d’un groupe d’étudiants et d’enseignants "soixante-huitards" révoltés par le traitement journalistique du quotidien à l’égard d’un mouvement social en cours. Une époque où le "D.L", propriété d’un limonadier, monopolisait, davantage encore qu’aujourd’hui, le paysage médiatique régional. Acte fondateur donc d’une association d’usagers qui souhaitaient "interpeller la presse écrite et orale en suscitant la parole de ceux qui refusent d’en être les consommateurs".
L’association édite un bulletin, anime des réunions régulières… Ce sont les années 70, l'époque d'un Grenoble turbulent et créatif en matière sociale et artistique.

Deuxième acte : 1985. Alain Carignon, jeune loup RPR, fils de journaliste et lui-même professionnel de la communication devient Président du Conseil Général deux ans après avoir conquis la mairie. Les ex-copains de Sciences po, et d’autres, se retrouvent unis dans le combat contre la mainmise de la communication régionale par un seul homme, Carignon, (bientôt rejoint par le "papivore" Hersant qui finira par s’emparer du Dauphiné). De quoi mobiliser en tout cas une gauche intellectuelle grenobloise qui s’invite chez Michel Polac (et son célèbre "Droit de Réponse" sur TF1) et lance une souscription pour tenter de racheter l’autre quotidien régional: "Le Progrès" ! Plusieurs centaines de personnes assistent alors aux réunions publiques d'ILP au "Cargo". Ces meetings évolueront ensuite vers des débats plus sages et plus pédagogiques avec l'organisation annuelle de forums consacrés aux enjeux de l'information et des médias. En 2000, "700 personnes sont encore dans le fichier de l’association", rappelle l’avocat Philippe Galliard, qui regrette qu'ILP n’ait pu essaimer ailleurs en France.

Les temps changent...

Cette année, la boucle est bouclée… Pour la première fois depuis 14 ans, des responsables du Dauphiné Libéré ont participé au forum de trois jours consacré aux transformations de l'info locale. Une hache de guerre enterrée un peu rapidement puisque cela n'a pas empêché le quotidien de manipuler à sa convenance - dans son édition du 16 novembre - les résultats d'un sondage commandé pour l’occasion par ILP ! Pour la première fois cette année, il a été question des nouvelles technologies et d'Internet. Résultat : les plus jeunes participants se sont sentis davantage concernés, face à des anciens plutôt dépassés! Le temps de la relève ?

Pierre-Yves Schneider