
Jacques
Gonnet est professeur à Paris III.
Il dirige aussi le CLEMI
(Centre de liaison de l'enseignement et des moyens d'information)
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Si certaines images qui nous parviennent sont insupportables,
c'est qu'elles touchent à notre relation au monde. Les
médias n'en sont pas pour autant responsables. Pour Jacques
Gonnet rappelle qu'il ne faut pas confondre message et messager.
Selon l'auteur de "Les médias et l'indifférence",
il appartient à chacun de redéfinir sa relation
à l'information.
(06/11/00)
Comment
analysez-vous ce malaise particulier que l'on ressent devant
ces photos ou ces images de violence ?
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Ce
malaise est indéniable. Mais il faut le mettre
en perspective. C'est en 1985 avec la mort de la petite
Omayra, en Colombie que l'on a touché à
quelque chose de sacré. Voir une enfant mourir
en direct et analyser l'étrangeté des réactions
à l'époque... L'audimat qui explose et portant,
tout le monde se sent mal à l'aise
Des images
qui nous renvoient à des tabous quant à
notre relation au monde, et ces tabous qui tombent
Il
est évident qu'il y a des figures emblématiques,
que l'enfant, (Omayra ou Mohammed) est sacré. Mais
globalement, c'est l'humain qui est sali. On le vit sous
l'emprise de l'émotion
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Malaise,
mais aussi sentiment renforcé d'impuissance ?
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C'est
évidemment très complexe. Ces images que
nous recevons sont insupportables parce qu'on ne sait
pas où les mettre en soi. Parmi les réactions
possibles, la plus classique va être de se demander
qui sont ces salauds derrière ce que je vois. Or,
il est rarement facile de savoir qui sont les salauds.
Voir le Kosovo, la Tchétchénie, le Rwanda
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Pour
certains les premiers salauds, ce sont les médias, et
leurs images morbides. Un reproche qui leur est fait de plus
en plus ?
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Plus
qu'avant
Pas sûr, si l'on a en tête
que les médias, ce sont les messagers, les messagers
de l'insupportable. Comment distinguer le message du messager
? C'est tout le problème de notre relation aux
médias. Comme dans la tragédie grecque,
le gardien a peur parce que le messager est porteur d'une
mauvaise nouvelle. Il confond les choses. Le messager,
lui, sait que demain, c'est un message de joie qu'il apportera.
De la même façon que dans le théâtre,
on attendait la fin de la représentation pour aller
voir le "mauvais" à la sortie des coulisses
pour lui casser la gueule !
Quant aux journalistes, il est normal qu'ils le vivent
très mal. On préfère toujours être
aimé que rejeté ! Le journaliste doit penser
à son éthique, à sa déontologie,
bien entendu
Mais ça s'arrête là
! Pour le reste, c'est un problème d'éducation
du public, du récepteur. S'il confond message et
messager, j'ai envie de dire que c'est surtout pour lui
que c'est grave !
Le problème est réellement dans le trouble
extraordinairement complexe de celui qui regarde, qui
ne sait pas quoi faire de ce qu'il reçoit. On est
dans une sorte de vertige, quand on se souvient que le
cas de la petite Omayra avait déclenché
des dons extraordinaires pour la Colombie. Souvenez-vous,
en revanche, du traitement du cyclone Mitch (octobre 98-ndlr)
en Amérique centrale. 15 000 morts dont bien sûr
beaucoup d'enfants. Des polémiques sur le nombre
de victimes et... Peu de dons ! On est vraiment dans le
registre de la passion, de l'émotion, de l'irrationnel.
D'un côté, il a "suffi" du visage
d'un enfant, de l'autre
Rien.
C'est bien le problème du récepteur qui
ne considère que ce qu'il veut voir à travers
les médias. |
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"Les Médias et l'indifférence"
(PUF), un essai de Jacques GONNET sur la médiatisation
de la souffrance et les "blessures de l'information".
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