
Journaliste
spécialisé dans les sciences et techniques,
Jean-Claude Allanic est, depuis juillet 2000, le
médiateur de France 2 et anime l'émission
"L'hebdo du médiateur", tous les samedis,
à 13h15.
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Le médiateur de France 2, Jean-Claude Allanic a la
mission délicate de faire le lien entre les télespectateurs
et la rédaction. Un rôle toujours plus sensible
en période de crises tel que le conflit israélo-palestinien.
Objectifs : faire la part des choses entre passion et raison
et maintenir l'équilibre...
(06/11/00)
À
votre place de médiateur, avez-vous remarqué un
afflux de réactions lors du conflit ?
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Oui.
En octobre nous avons reçu 3000 réactions
(mails, courriers...)contre 400 l'an dernier. Et nous
avons tourné trois "Hebdo du médiateur"
sur le sujet en battant à chaque fois des records
d'écoute. La crise y a contribué pour beaucoup,
mais pas seulement. En septembre il n'y avait pas de crise,
et pourtant, nous avons reçu beaucoup de courrier.
Les téléspectateurs nous écrivent
fréquemment sur le contenu des sujets, mais sur
le Proche-Orient nous sommes arrivés à un
vrai débat politique. Je dois souvent expliquer
aux gens que le débat porte sur la manière
dont on traite l'information et pas sur l'information
elle-même.
Évidemment on ne peut pas parler de l'information
et de la façon dont elle est traitée, si
on n'aborde pas le fond du sujet en même temps.
Aujourd'hui, (le 2 novembre, date de l'interview-ndlr)
pour l'essentiel, je reçois plutôt du courrier
pro-israélien, du Likoud, de gens bien organisés
: c'est tout à fait orchestré. Je suis attentif,
tout en m'intéressant à ce que ressent le
public profondément. Quand quelqu'un, quelle que
soit son origine, est profondément bouleversé
par ce qu'on a dit et nous explique pourquoi, je transmets
le message à la rédaction. Ce sont des opinions
à prendre en compte, même si ce n'est pas
nous qui allons régler la situation au Proche-Orient.
Lorsqu'il s'agit de gens organisés qui envoient
des tracts politiques, j'en prends note et je les remets
à leur place dès que ça devient de
l'extrémisme, de part ou d'autre. |
Ressentez-vous
des pressions dans les courriers ?
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Vous
savez, il est rare que les téléspectateurs
écrivent pour nous féliciter ! Quand on
reçoit deux ou trois courriers véhéments,
on se dit que peut-être il y a un problème.
Dès qu'on en reçoit beaucoup, on imagine
qu'il y a peut-être un groupe de pression qui s'organise.
C'est facile à repérer car ils envoient
souvent le même texte !
En revanche, lorsqu'ils sont différents, ou qu'ils
portent sur des évènements différents
qui se rejoignent, venant de diverses régions de
France, émanant de personnes qui ne se connaissent
pas et abordent le même problème, j'en fais
part à la rédaction qui, elle, mène
l'enquête.
Sur les sujets politiques, c'est beaucoup plus délicat
: on est dans le domaine du passionnel et non plus du
raisonné. Ce qui n'empêche que c'est tout
de même intéressant. Prenons le Proche-Orient.
On nous a reproché d'être pro-palestiniens.
J'ai transmis cette critique à la rédaction
pour qu'il y ait une réflexion collective : est-ce
que nous nous sommes laissés emporter par l'actualité
au point d'avoir manqué de recul, et que notre
traitement puisse apparaître comme pro-palestinien
?
Ce qui n'empêche pas le lendemain d'être accusé
de l'inverse. Quand les accusations proviennent de l'ensemble
des parties, c'est bon signe. C'est que nous avons sans
doute trouvé l'équilibre qu'il fallait.
Ce qui n'empêche pas d'interroger cet équilibre
: c'est un souci louable en matière journalistique,
mais on en voit bien les limites. Lorsque nous rendons
compte d'un événement, nous n'allons pas
dire, " c'est noir et c'est blanc " uniquement
pour ne pas déplaire à la moitié
adverse. |
Comment
les téléspectateurs ont-ils réagi aux images,
et notamment celle du jeune garçon de 12 ans, mort devant
les caméras ?
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Pour la première émission, nous avons reçu
beaucoup de courriers très franco-français
: "L'image du petit Mohammed est très, très
dure, ce n'est pas normal que vous montriez une telle
violence au 20 heures, c'est l'heure où on dîne
en famille, vous ne nous avez pas assez prévenus,
les enfants étaient là
"
J'ai bâti l'émission en expliquant que nous
n'avions peut-être pas assez prévenu mais
en rappelant que le journal de 20 heures, c'est de l'information.
Un psychiatre, spécialiste des enfants, était
présent sur le plateau et soulignait que journal
télévisé et repas du soir n'étaient
pas compatibles. L'actualité est forcément
dure et pénible, elle ne se regarde pas de manière
banale.
Lors de la deuxième émission, les lettres
contenaient des critiques sur le thème :"vous
êtes pro palestiniens, c'est scandaleux." Désormais,
une partie du courrier dit : "vous ne parlez plus
de ce qu'il se passe là-bas". Manifestement
ce sont des gens très impliqués dans le
conflit. Mais n'oublions pas que la majorité des
français ne le sont pas. |
L'émission
" l'hebdo du médiateur " sert à justifier
le travail des journalistes ?
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Évidemment.
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