Tocsin vous sonne les cloches
) Bientôt une lettre d'information (
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Olivier Zablocki fait partie des personnages incontournables dès qu'il s'agit d'initiatives citoyennes sur Internet. On le retrouve partout : Radiophare, Rezorama, Cliprezo, Admiroutes (au sujet de l'Erika) et plus récemment Ouvaton. Et tout cela, il l'organise, le gère, le met en place depuis l'Ile de Ré. Quelques jours après le naufrage de l'Erika, son site, véritable cocon d'intiatives, lance la liste Erika qui, très rapidement, compte une bonne centaines de participants.

Comment définir Radiophare ?
O.Z : L'objectif de Radiophare c'est développer l'interactivité entre les gens. Cela demande d'être animé, de créer des outils, des interfaces , et cela exige beaucoup de formation. Car tout cela est relativement neuf dans les pratiques. À chaque fois que se crée une Initiative Coopérative d'Information citoyenne, j'ouvre un domaine. Ces domaines se créent en fonction des sujets : le mont Pariou, Georezo, Radioactif (prévention des risques majeurs)...L'objet est à chaque fois extrèmement limité, très précis, mais pour le reste, Radiophare n'a pas de ligne. C'est un espace de débats et d'échanges. La seule ligne de conduite est que l'information doit être mutualisée.

Comment Radiophare a pris la décision d'ouvrir une liste au sujet de l'Erika ?
O.Z : Je travaille depuis des années sur les ICI avec Henri Guégen, qui, par ailleurs, a été l'un des acteurs de la mobilisation lors de la marée noire provoquée par l'Amocco Cadiz. Nous avions commencé à écrire les principes d'un projet Radiophare lié au littoral et aux risques, quand l'Erika a coulé. Nous avons donc immédiatement lancé une liste.
Le premier acte concret a été d'organiser, le 22 décembre 1999 sur l'île de Ré, une première audition publique sur le thème "les anciens de l'Amocco rencontrent les victimes de l'Erika, pour donner des conseils sur les marches à suivre, les précautions juridiques à prendre,etc ."
Cette audition a pu se monter très vite grâce à la mobilisation du réseau sur une petite aire géographique.

Pourquoi cette liste a connu un tel succès ?
O.Z : La dimension locale des Initiatives Coopératives d’Informations citoyennes est capitale. L'intention d'associer la démarche à un territoire précis est très forte. Dans le cas de l'Erika par exemple, je vis à l'île de Ré et les personnes qui interviennent sur la liste sont également de la région. La confiance règne car je ne suis pas un ectoplasme. On sait où je suis et comment me joindre. De plus, Internet est un réseau de réseaux mais le premier réseau c'est le réseau local. Pour le coup, ce n'est pas du tout virtuel.
Tous ceux qui qui collaborent au Radiophare sont tous identifiés géographiquement. Un vaccin qui empêche de dire n'importe quoi...

"Sur la liste, les journalistes sont totalement parasites."

Mais cette forme nouvelle de diffusion de l'information peut permettre toutefois la diffusion de fausses informations.
O.Z : Non, car l’information se vérifie assez bien et nous ne travaillons pas avec la même échelle de temps que la presse traditionnelle. Dans un e-mail, on peut faire passer une fausse information. Mais dans le cadre d'une liste de diffusion, elle ne tient pas le route. D'abord parce que tout le monde se connaît très vite et la relative proximité rend la diffusion de fausses informations difficile. Un exemple : lorsque nous avons lancé des vigies pour surveiller l'évolution des nappes, une dizaine d’internautes sur l’île de Ré étaient concernés. Et bien sûr, il y en avait un qui avait vu une immense nappe s'approcher (la marée noire n'a pas touché l'Ile de Ré-ndlr). Mais tout au long de la journée, l'information a été vérifiée, recoupée par les internautes, présents sur place, pour donner finalement une vision très proche de la réalité.
Une fausse info ne dure jamais longtemps. L’information est recoupée comme elle ne l’a jamais été. De plus l’excès est très mal pris sur les listes de diffusions qui se distinguent plutôt par leur excès de prudence.

Des listes que vous modérez ?

O.Z : Oui, toutes les tentatives de listes sans modération finissent toujours par être ingérables. En même temps, c'est délicat puisque l'on peut être rapidement accusé de censure. Mais il en va de la responsabilité éditoriale. Je lis donc chaque message avant de le diffuser. Si je vois que le message est trop ceci ou trop cela, j'en parle à l'auteur, je lui demande ce qu'il a voulu dire, de préciser sa pensée car certains messages, sans décodages, peuvent être impassables. Un vrai travail d'édition s'impose pour que les gens puissent échanger. C'est un rôle de rédacteur en chef. Tout est basé sur une valeur cardinale : la confiance.
Mais si on sort de l’expérience Erika avec une centaine de personnes ayant appris à travailler ensemble, à savoir mettre en place une idée de "rédaction virtuelle", c’est gagné.

La liste a-t-elle été utilisée par les journalistes des médias traditionnels ?
O.Z : Lorsque j’ai ouvert la liste Erika, j’ai effectivement vu plein de journalistes arriver, mais jamais ils ne sont intervenus, même pour faire un commentaire. Ils sont totalement parasites. Ils se servent sans jamais rien apporter. La liste fait partie de leurs sources, sans plus.
Je pense que la presse traditionnelle va se retrouver en porte-à-faux par rapport à cette démarche. Aujourd’hui, si on prend le site du Télégramme ou de Ouest France, ils sont beaucoup plus riches que ce que nous sommes capables de produire, parce qu’ils ont plus de personnes et d’argent. Mais ce sont des avantages très provisoires.
Notre avantage majeur c’est que nous ne fournissons pas d’information tout court, mais une information mutuelle, enrichie en permanence.

Finalement quel est le bilan de cette liste Erika ?
O.Z : Le but, c’est que les gens aient appris quelque chose de tout ça. Qu'ils aient acquis une nouvelle attitude face à l’information. Beaucoup se sont rencontrés par le biais de la liste et vont continuer à travailler ensemble.
Au bout du compte, la liste Erika a permis à une bonne trentaine de personnes d'apprendre à travailler ensemble à travers le réseau, de faire un grand saut qualitatif dans leur formation générale. J'ai presque envie de dire que je me fous de l'Erika. L'important c'est de changer d'attitude, d'être en position d'apprentissage, de reprendre possession de soi même par rapport à un monde dans lequel on est le plus souvent poussé à la passivité. De retrouver la liberté d'agir et de réagir différemment. Et ca, ce n'est pas un résultat qui se mesure en terme d'audience.

Cécile Plet - (Interview réalisé en juin 2000)

 
Quand Total pompe, la presse rame...

Six morts de trop,
une enquête pas si nette.

Jean-Paul Baquiast : "Qui suis-je pour opérer une censure ?"

Parole d'expert :
Henri Pézerat


Les initiatives coopératives d'information (ICI).

Interview :
Olivier Zablocki, radiophare.net





 
         


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