Tocsin vous sonne les cloches
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Henri Pézerat est directeur de recherche honoraire au CNRS. Il a consacré de nombreuses années de sa vie professionnelle à dénoncer les méfaits de l’amiante. Il anime par ailleurs l’association ALERT, qui se préoccupe des risques au travail.
Il répond aux questions de Tocsin, en tant qu’expert rencontré par les journalistes à propos de la marée noire.


P
ourquoi les journalistes se sont-ils adressés à vous, spécialiste de l’amiante ?
H.P : A cause d’ALERT. Nous interpellons souvent les pouvoirs publics, sommes présents à nombre de colloques et de rencontres, sur la question des risques au travail. Dès que le mot cancérigène a été prononcé, et le risque sur les bénévoles envisagé, j’ai été contacté. Ou plutôt l’association.

Avez-vous eu le sentiment d’être entendu ?
H.P : Oui, incontestablement. De manière générale, je trouve que les journalistes ont bien travaillé sur ce dossier. Localement, certains se sont plaints que les caméras attendaient l’arrivée du premier poisson mort, pour le filmer à tout prix, mais ça…
Je donnerais un plus a Benoit Hopkin, du Monde, justement sur la question de la nature du fioul.

Pourquoi ?
H.P : Parce que l’on a beaucoup laissé la parole à Bernard Taillez, du laboratoire Analytika, dans le débat sur la "vraie" nature de la cargaison. Or, à mon sens, il n’y a rien à dire sur cette question. Les pouvoirs publics n’ont pas fait acte de transparence, n’ont pas donné la fiche de sécurité de la cargaison, alors qu’ils l’avaient (et Total a fortiori). Le journaliste du Monde a obtenu la fiche, l’a publiée, c’était ce qu’il fallait faire.

En lanterne rouge de la profession ?
H.P : A mon grand étonnement, Thalassa. Ils ont montré des images spectaculaires du sauvetage, et je crois qu’elles resteront en mémoire longtemps.
Mais pas d’investigation. L’interview, en Inde, du pacha de l’Erika, était plate. Alors qu’il y avait beaucoup de questions sans réponses.

Par exemple ?
H.P : Des rumeurs qui circulent, nombreuses, sur la vraie nature de la cargaison, et sur le chemin parcouru par le bateau. Je ne propage pas ces rumeurs, mais j’en suis informé. Comme la rédaction de Thalassa, j’imagine…
Par ailleurs, j’ai été sollicité par une autre émission de FR3 (Des Racines et des ailes, Patrick de Carolis). Ils sont venus une après-midi entière chez moi, pour parler et filmer. Ils n’ont gardé que 3 phrases d’un très long entretien. Cela arrive parfois. Mais quand j’ai regardé l’émission, j’ai constaté qu’elle durait environ 3/4 d’heure, et que pas une seule fois, le nom de Total avait été prononcé.

Comment percevez-vous la place des experts par rapport aux médias ?
H.P : Je pense que la question de l’expertise va prendre de plus en plus de place. Et que ce n’est pas un phénomène simple. On le voit depuis une dizaine d’années, les grands problèmes qui secouent la planète réclament un regard, une expertise scientifique ; on l’a vu avec le sang contaminé, puis la vache folle et encore les OGM. Le public réclame une information “objective” et les journalistes la recherchent. Mais tous veulent aussi des explications simples à des débats fort complexes, sur lesquels la communauté scientifique ne parvient pas à se mettre d’accord !

Propos recueillis par Odile AMBRY en juillet 2000

 
Quand Total pompe, la presse rame...

Six morts de trop,
une enquête pas si nette.

Jean-Paul Baquiast : "Qui suis-je pour opérer une censure ?"

Parole d'expert :
Henri Pézerat


Les initiatives coopératives d'information (ICI).

Interview :
Olivier Zablocki, radiophare.net
 
         


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