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Bleue comme une orange
Norman Spinrad
Editions
Flammarion







World propagande

Désinformer - informer. Ce n’est pas la première fois que Spinrad s’attaque à ce sujet. Ce fut même l’objet de son livre culte « Jack Barron ou l’éternité ». Ici, il envisage la terre menacée d’une destruction climatique imminente, et ses habitants blasés d’informations sensationnelles. Le savoir-faire du marketing et de la communication parviendra-t-il à sauver la planète ? « L’information, c’est le pouvoir »… de combattre l’inéluctable. Alors, autant la mettre en scène : l’enjeu est de taille.

Du pain et des jeux

C'est Panem et Circenses, la multinationale de la com' version planétaire, qui est chargée de promouvoir une énième conférence d’alerte climatique des Nations Unies, pour déclencher la prise de conscience. Sa représentante arrive de New York, dans un Paris tropicalisé par les marchands de climat. Elle va tenter de démêler le vrai du faux, la manipulation de la bonne volonté, les méchants des gentils. Elle va créer l'événement - telle est sa mission - sans être sûre du but recherché, ni de connaître ses véritables commanditaires. Elle va rencontrer ceux et celles qui tiennent les rênes de la planète, les regarder défendre leurs intérêts, chercher leur camp. Elle va interroger les vérités scientifiques, et comprendre à quel point elles sont inféodées aux lois de l'argent.

Intrigue politico-policière sur fond d’info-com, de mobilisation de l’opinion publique, de luttes de pouvoir : Norman Spinrad signe là une contribution aux nouvelles peurs surgies des avancées scientifiques menées par d’apprentis sorciers - au service d’une économie mondialisée et frappée d’aveuglement sur la propre survie.

Anticiper, toujours

En surfant, avec son éternel sens de l’air du temps, sur la vague de l’environnementalisme et de la société de l’infotainment, Norman Spinrad nous donne du grain à moudre. Son talent de prévisionniste de nos humeurs est intact, mais il a perdu sa longueur d’avance. Sans doute parce qu’il avait raison avant tout le monde, et l’a prouvé. Il suffit de relire certains de ses chefs-d’œuvre d’anticipation fiction pour savoir que nous sommes dorénavant de plain pied dans le monde qu’il nous peignait façon visionnaire.

Norman Spinrad est dorénavant journaliste/éditorialiste/romancier. Il n'anticipe plus nos cauchemars ; il nous les décrit... comme s'il y était.

Odile AMBRY