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par une correspondante locale de l'AFP (Agence France Presse), elle a préféré rester anonyme.

décembre 2000


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Chronique revoltée

Une correspondante de l'AFP : ""Oui, il devient de plus en plus difficile de faire son métier..."

   ...,quel que soit le secteur géographique d'activité concerné (local ou national). L'ère du soupçon règne. Le journalisme informatif et impartial se meurt.

   Comprendre, enquêter, s'interroger, vérifier, recouper, fournir de vraies infos, tient, la plupart du temps, du parcours du combattant pour peu que l'on refuse la compromission.

   Qu'on ne s'y trompe pas: la course à l'audimat et la concurrence effrénée poussent bel et bien certains à "créer" de toute pièce un événement.
Cette spirale infernale n'épargne au final personne.
Il est certes plus facile de surenchérir, sans prendre le temps de se poser les questions essentielles (souvent celles que se pose l'opinion en toute légitimité) et d'en chercher les réponses auprès d'interlocuteurs avertis.
Pourtant, bon nombre de journalistes refusent, même sous la contrainte du "deadline" et de la concurrence, de cèder à cette manière de "travailler".

   Que l'on soit journaliste auprès d'un média local ou national, et quel que soit le terrain géographique de travail, le problème ne vient pas seulement du producteur et de sa déontologie personnelle, un mot de plus en plus désuet au regard du traitement actuel de l'information, mais de la SOURCE, un mot sacré en
agence de presse. Il s'agit bien pour nous de RELATER LES FAITS.

Quel respect pour quelles sources ?

La source, ce sont tous ceux à l'origine d'une information transmise aux journalistes.
Lorsqu'il s'agit d'un informateur ou d'une source dite
"non-officielle", en droit de se protèger derrière l'anonymat, le
journaliste d'agence prend ou non la responsabilité de l'utiliser. Son devoir est, dans tous les cas, de protèger sa source.
Lorsqu'il s'agit d'officiels, d'institutions, de préfectures, de ministères, de politiques, très enclins parfois à utiliser ce média à des fins ne servant pas toujours l'intérêt collectif, le journaliste devrait être en droit d'utiliser directement ce qu'il apprend auprès de ces sources dites "officielles". Ce qui ne le dispense pas de recouper l'information.
Pourtant, rares sont celles qui acceptent de communiquer sur des sujets essentiels même lorsqu'il s'agit simplement de confirmer ou de démentir des faits. Soucieuses de noyer le poisson, elles se renvoient la responsabilité de la réponse ou de la réaction de poste en poste.
On l'a vu avec l'Erika, un cas d'école.

Médias et officiels : le pas de deux

Pire, nombre de ces mêmes sources officielles prônent ouvertement la "transparence", fustigeant dans le même temps "les médias"
qui font un travail "approximatif" à l'origine, selon elles, d'une
"grave dérive démocratique".
Les élections américaines, qui n'ont certes rien d'un exemple local, trahissent une tendance générale du système et de la profession à ce titre exemplaire:
elles surpassent de loin les guignols de l'info !!!!
Quant à la crise de la vache folle, on est en droit de s'interroger sur le degré de démagogie de certains discours politiques et sur le sens de telles paroles.
Les conséquences, la crise de toute une économie, la crise de société, les peurs, les enjeux.....ce sont les médias qui les reçoivent en pâture.
Alors de quelle crédibilité parle-t-on ? En revanche,lorsqu'il s'agit d'oeuvrer pour leur propre action, toujours "exemplaire", ces mêmes sources officielles appellent sans hésiter "les médias", invités à diffuser leurs "communiqués" ou autres oukazes relevant toujours de "la plus haute importance".
A l'échelle locale, cela se traduit souvent par une complicité tacite entre officiels et PQR (presse quotidienne régionale), soucieuse de cultiver un journalisme de proximité, ce qui est très louable, mais souvent tentée, aussi, par la séduction du pouvoir.

Si c'est dans le journal...

Quel étonnement de lire la presse locale et de constater que sur des sujets traités par tous (presse locale, spécialisée, nationale) au même endroit et au même moment, l'information est souvent gommée là où elle fait mal. Quel étonnement aussi de s'entendre répondre par certains officiels locaux:
"C'est vrai puisque c'est dans le journal....". A qui la faute ?
Quel écoeurement aussi de voir débarquer des envoyés "très spéciaux ", souvent "très parisiens" qui, quoi qu'ils racontent, se fichent éperdument du résultat de leur enquête. Ils ne reverront jamais leurs interlocuteurs locaux...
Le débat n'existe pas. Les luttes restent manichéennes. L'information échappe de plus en plus aux professionnels de l'information qui ont trop rarement la parole et le temps de la prendre en public, ne serait-ce que pour se défendre.
Mener de vraies investigations et informer de manière impartiale, quel que soit l'importance du secteur géographique concerné, relève, en France,d'un combat constant parfaitement inégal et dangereux pour la liberté de la presse. Une actualité en chassant une autre, il est effectivement inévitable qu'on en arrive
à un travail trop rapide, extrêmement laborieux,donnant lieu à des dérapages.

Correspondante locale de l'AFP (Agence France Presse), elle a préféré rester anonyme.