
Chronique
revoltée
Une correspondante de l'AFP : ""Oui, il devient
de plus en plus difficile de faire son métier..."
...,quel
que soit le secteur géographique d'activité
concerné (local ou national). L'ère du
soupçon règne. Le journalisme informatif
et impartial se meurt.
Comprendre,
enquêter, s'interroger, vérifier, recouper,
fournir de vraies infos, tient, la plupart du temps,
du parcours du combattant pour peu que l'on refuse la
compromission.
Qu'on
ne s'y trompe pas: la course à l'audimat et la
concurrence effrénée poussent bel et bien
certains à "créer" de toute
pièce un événement.
Cette spirale infernale n'épargne au final personne.
Il est certes plus facile de surenchérir, sans
prendre le temps de se poser les questions essentielles
(souvent celles que se pose l'opinion en toute légitimité)
et d'en chercher les réponses auprès d'interlocuteurs
avertis.
Pourtant, bon nombre de journalistes refusent, même
sous la contrainte du "deadline" et de la
concurrence, de cèder à cette manière
de "travailler".
Que
l'on soit journaliste auprès d'un média
local ou national, et quel que soit le terrain géographique
de travail, le problème ne vient pas seulement
du producteur et de sa déontologie personnelle,
un mot de plus en plus désuet au regard du traitement
actuel de l'information, mais de la SOURCE, un mot sacré
en
agence de presse. Il s'agit bien pour nous de RELATER
LES FAITS.
Quel
respect pour quelles sources ?
La
source, ce sont tous ceux à l'origine d'une information
transmise aux journalistes.
Lorsqu'il s'agit d'un informateur ou d'une source dite
"non-officielle", en droit de se protèger
derrière l'anonymat, le
journaliste d'agence prend ou non la responsabilité
de l'utiliser. Son devoir est, dans tous les cas, de
protèger sa source.
Lorsqu'il s'agit d'officiels, d'institutions, de préfectures,
de ministères, de politiques, très enclins
parfois à utiliser ce média à des
fins ne servant pas toujours l'intérêt
collectif, le journaliste devrait être en droit
d'utiliser directement ce qu'il apprend auprès
de ces sources dites "officielles". Ce qui
ne le dispense pas de recouper l'information.
Pourtant, rares sont celles qui acceptent de communiquer
sur des sujets essentiels même lorsqu'il s'agit
simplement de confirmer ou de démentir des faits.
Soucieuses de noyer le poisson, elles se renvoient la
responsabilité de la réponse ou de la
réaction de poste en poste.
On l'a vu avec l'Erika, un cas d'école.
Médias
et officiels : le pas de deux
Pire,
nombre de ces mêmes sources officielles prônent
ouvertement la "transparence", fustigeant
dans le même temps "les médias"
qui font un travail "approximatif" à
l'origine, selon elles, d'une
"grave dérive démocratique".
Les élections américaines, qui n'ont certes
rien d'un exemple local, trahissent une tendance générale
du système et de la profession à ce titre
exemplaire:
elles surpassent de loin les guignols de l'info !!!!
Quant à la crise de la vache folle, on est en
droit de s'interroger sur le degré de démagogie
de certains discours politiques et sur le sens de telles
paroles.
Les conséquences, la crise de toute une économie,
la crise de société, les peurs, les enjeux.....ce
sont les médias qui les reçoivent en pâture.
Alors de quelle crédibilité parle-t-on
? En revanche,lorsqu'il s'agit d'oeuvrer pour leur propre
action, toujours "exemplaire", ces mêmes
sources officielles appellent sans hésiter "les
médias", invités à diffuser
leurs "communiqués" ou autres oukazes
relevant toujours de "la plus haute importance".
A l'échelle locale, cela se traduit souvent par
une complicité tacite entre officiels et PQR
(presse quotidienne régionale), soucieuse de
cultiver un journalisme de proximité, ce qui
est très louable, mais souvent tentée,
aussi, par la séduction du pouvoir.
Si
c'est dans le journal...
Quel
étonnement de lire la presse locale et de constater
que sur des sujets traités par tous (presse locale,
spécialisée, nationale) au même
endroit et au même moment, l'information est souvent
gommée là où elle fait mal. Quel
étonnement aussi de s'entendre répondre
par certains officiels locaux:
"C'est vrai puisque c'est dans le journal....".
A qui la faute ?
Quel écoeurement aussi de voir débarquer
des envoyés "très spéciaux
", souvent "très parisiens" qui,
quoi qu'ils racontent, se fichent éperdument
du résultat de leur enquête. Ils ne reverront
jamais leurs interlocuteurs locaux...
Le débat n'existe pas. Les luttes restent manichéennes.
L'information échappe de plus en plus aux professionnels
de l'information qui ont trop rarement la parole et
le temps de la prendre en public, ne serait-ce que pour
se défendre.
Mener de vraies investigations et informer de manière
impartiale, quel que soit l'importance du secteur géographique
concerné, relève, en France,d'un combat
constant parfaitement inégal et dangereux pour
la liberté de la presse. Une actualité
en chassant une autre, il est effectivement inévitable
qu'on en arrive
à un travail trop rapide, extrêmement laborieux,donnant
lieu à des dérapages.
Correspondante
locale de l'AFP (Agence France Presse), elle a préféré
rester anonyme.
|