
Le
Loft est un avertissement
Le
mariage de l'outil internet qui nous permet d'approfondir
un sujet de société et la nature d'un
tel sujet qui nous interpelle massivement, me parait
naturel. Pourtant qui aurait pu prévoir qu'un
produit audio-visuel utilisant des comédiens
amateurs pour un téléfilm fleuve parfaitement
scénarisé et commercialisé avec
succès comme de la "réalité",
aurait pris dans ses filets les militants de la citoyenneté
?
Car nous restons béats devant l'efficacité
de ce programme télévisé qui rassemble
unanimement la population que nous (politiques, agitateurs
d'idées, activateurs de réseaux,...) rêvons
de toucher aussi largement : "les jeunes",
notre devenir.
Décortiquer
les mécanismes de cette machine très efficace
et pourtant très classique ne nous apportera
malheureusement rien de nouveau.
Pierre
Schaeffer grand prêtre du "grenier des ingénieurs"
du service de la recherche de l'Ortf, père spirituel
des plus grands moments de télévision,
Cinq colonnes à la une, Dim dam dom et en l'ocurence,
de la Caméra invisible,...
Cet acteur commentateur de la "société
du spectacle" serait amusé par ce qui devient
la "société spectacle".
Celui qui en 1964 comparait la nouvelle maison de la
radio au "balcon de Big Brother", qui parle
de la mort de Kennedy filmée en "temps réel"
comme du Biafra et du Vietnam qui ont vacciné
les populations en "transformant le spectaculaire
en ordinaire", Schaeffer toujours qui parmi les
premiers évoquera le "village global"
(celui des émetteurs, diffuseurs et spectateurs
de la télévision : soit l'élite
économique et politique de la planète
et les populations qu'elle draine) en soulignant :
"ce
n'est pas que le spectateur soit passif, c'est plus
profond, plus
viscéral, plus stupide. C'est que l'image - hors
de la présence - n'est que duperie et faux semblant,
et plus elle est ressemblante - à s'y méprendre
- plus on s'y méprend."
Et
nous voilà dans le Loft - en présence
- puisque incarné par des soit disant "mêmes
que nous" (ou que nos enfants) !!
Nous
ne pouvons tomber dans le piège si simple et
si pervers, d'accorder à ce spectacle une dimension
de réalité qu'il n'a pas. Le Loft n'existe
pas :
c'est un studio, les participants deviennent comédiens
et se
professionnalisent en passant la porte dudit studio
et seuls deux ou trois producteurs diffuseurs, se partagent
les immenses bénéfices de cette machine
à sous de droits divers et dérivés
!
Déjà
en 64 Schaeffer, (toujours lui) nous disait que "la
télévision est adulte, c'est l'humanité
qui vient d'y naître, de s'y retrouver, d'y renaître.
Nous sommes bien loin encore de tout sevrage et qu'on
ne nous retire pas le biberon surtout !" je pense
pour
ma part que nous sommes encore au sein, pendus aux 72
mamelles de la télé "notre chère
rassurante et terrifiante MAMAN" " qui peut
être tout à la fois, "une présence
si présente qu'on s'y perd, qu'on s'identifie
à elle, qu'on ne sait plus se démêler
d'elle, qu'on ne sait plus au juste, qui elle est et
qui nous sommes ?"
Rien
de nouveau sous le soleil ! dirait-il probablement aujourd'hui.
La même chose en plus monstrueux.
Alors
rien ne me semble "évènement sociétal"
dans le Loft et ses effets, même pas l'extraordinaire
travail de marketing et de levier des médias.
Il ressemble à ce qui apparait et disparait très
régulièrement dans nos vies :
la manipulation commerciale internationale, programmée
et éphémère : Mort de lady Di,
Pokemon, Loft,... Les mêmes rouages sont mis en
oeuvre.
Globalisation quand tu nous tiens !
Si
seulement nous avions le même talent pour notre
marketing politique pourrait-on penser ?
La grande horloge nous en garde !
Nos
idées, notre société humaine et
ses mécanismes, ne sont pas des savonnettes,
malgré ce que tente de nous faire croire le Loft
!
Continuons à les manier avec la plus grande précaution
et le plus grand respect.
Prenons le Loft comme un avertissement. Et félicitons
tous ceux qui tentent de se préserver de ces
vains parasitages ordinaires !
Florence
Durand-Tornare
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