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par Florence Durand-Tornare de Vecam

juin 2001


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Le Loft est un avertissement

Le mariage de l'outil internet qui nous permet d'approfondir un sujet de société et la nature d'un tel sujet qui nous interpelle massivement, me parait naturel. Pourtant qui aurait pu prévoir qu'un produit audio-visuel utilisant des comédiens amateurs pour un téléfilm fleuve parfaitement scénarisé et commercialisé avec succès comme de la "réalité", aurait pris dans ses filets les militants de la citoyenneté ?
Car nous restons béats devant l'efficacité de ce programme télévisé qui rassemble unanimement la population que nous (politiques, agitateurs d'idées, activateurs de réseaux,...) rêvons de toucher aussi largement : "les jeunes", notre devenir.

Décortiquer les mécanismes de cette machine très efficace et pourtant très classique ne nous apportera malheureusement rien de nouveau.

Pierre Schaeffer grand prêtre du "grenier des ingénieurs" du service de la recherche de l'Ortf, père spirituel des plus grands moments de télévision, Cinq colonnes à la une, Dim dam dom et en l'ocurence, de la Caméra invisible,...
Cet acteur commentateur de la "société du spectacle" serait amusé par ce qui devient la "société spectacle".
Celui qui en 1964 comparait la nouvelle maison de la radio au "balcon de Big Brother", qui parle de la mort de Kennedy filmée en "temps réel" comme du Biafra et du Vietnam qui ont vacciné les populations en "transformant le spectaculaire en ordinaire", Schaeffer toujours qui parmi les premiers évoquera le "village global" (celui des émetteurs, diffuseurs et spectateurs de la télévision : soit l'élite économique et politique de la planète et les populations qu'elle draine) en soulignant :

"ce n'est pas que le spectateur soit passif, c'est plus profond, plus
viscéral, plus stupide. C'est que l'image - hors de la présence - n'est que duperie et faux semblant, et plus elle est ressemblante - à s'y méprendre - plus on s'y méprend."

Et nous voilà dans le Loft - en présence - puisque incarné par des soit disant "mêmes que nous" (ou que nos enfants) !!

Nous ne pouvons tomber dans le piège si simple et si pervers, d'accorder à ce spectacle une dimension de réalité qu'il n'a pas. Le Loft n'existe pas :
c'est un studio, les participants deviennent comédiens et se
professionnalisent en passant la porte dudit studio et seuls deux ou trois producteurs diffuseurs, se partagent les immenses bénéfices de cette machine à sous de droits divers et dérivés !

Déjà en 64 Schaeffer, (toujours lui) nous disait que "la télévision est adulte, c'est l'humanité qui vient d'y naître, de s'y retrouver, d'y renaître. Nous sommes bien loin encore de tout sevrage et qu'on ne nous retire pas le biberon surtout !" je pense pour
ma part que nous sommes encore au sein, pendus aux 72 mamelles de la télé "notre chère rassurante et terrifiante MAMAN" " qui peut être tout à la fois, "une présence si présente qu'on s'y perd, qu'on s'identifie à elle, qu'on ne sait plus se démêler d'elle, qu'on ne sait plus au juste, qui elle est et qui nous sommes ?"

Rien de nouveau sous le soleil ! dirait-il probablement aujourd'hui. La même chose en plus monstrueux.

Alors rien ne me semble "évènement sociétal" dans le Loft et ses effets, même pas l'extraordinaire travail de marketing et de levier des médias. Il ressemble à ce qui apparait et disparait très régulièrement dans nos vies :
la manipulation commerciale internationale, programmée et éphémère : Mort de lady Di, Pokemon, Loft,... Les mêmes rouages sont mis en oeuvre.
Globalisation quand tu nous tiens !

Si seulement nous avions le même talent pour notre marketing politique pourrait-on penser ?
La grande horloge nous en garde !

Nos idées, notre société humaine et ses mécanismes, ne sont pas des savonnettes, malgré ce que tente de nous faire croire le Loft !
Continuons à les manier avec la plus grande précaution et le plus grand respect.
Prenons le Loft comme un avertissement. Et félicitons tous ceux qui tentent de se préserver de ces vains parasitages ordinaires !

Florence Durand-Tornare