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par Valentin
Lagares

journaliste au mensuel Viva Magazine, ancien journaliste à L'Humanité.

avril 2001


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Valentin Lagares : "N'oublions pas la signature mortelle de Papon !"


    Faire preuve d'humanité en libérant Maurice Papon. Lancée par Me Jean-Marc Varaut, son bouillonnant et médiatique avocat, adoubée de manière inattendue par l'illustre Robert Badinter, ancien garde des Sceaux (Ps) et ancien président du Conseil constitutionnel, cette demande est déclamée à travers les médias de manière de plus en plus pressante. Ainsi, il faudrait libérer ce pauvre homme eut égard à son grand âge et aux conditions de détention dégradantes et inhumaines auxquelles il serait confronté à la prison de la Santé. Entre les demandes répétées de grâce présidentielle et les recours indécents devant la justice européenne, il faut reconnaître à Jean-Marc Varaut une certaine habileté à monter des arguments juridico-médico-humanistes pour tenter de faire sortir son client.

    Notons cependant que la cellule individuelle et chauffée de l'ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde est située dans une partie du bâtiment dédiée aux "VIP". Rappelons ainsi qu'elle est loin de ressembler aux cellules glaciales, crasseuses, blafardes et surpeuplées dans lesquelles vivent encore nombre de détenus en France. Précisons encore que des milliers de personnes présumées innocentes croupissent dans des établissements inadaptés en attente d'être jugées ou même de pouvoir s'expliquer devant le juge ! Ces dernières mériteraient, à n'en pas douter, que la pertinence de leur détention soit examinée avec rectitude et rapidité, bien plus que Maurice Papon, condamné définitivement par la justice française.

    Il faut enfin rappeler à ceux, de droite comme de gauche, qui ont déjà apporté leur caution à la campagne savamment orchestrée par Jean-Marc Varaut, quelques faits historiques curieusement jetés aux oubliettes. Pour que l'horreur des chambres à gaz ne voit plus le jour, pour que l'atteinte au droit le plus élémentaire de la personne humaine - celui d'être différent de l'autre - n'entraîne plus la mort, le législateur a voulu que le crime contre l'humanité soit imprescriptible. Cette imprescribilité a permis, plus d'un demi-siècle après les faits, d'entendre - loyalement - et de juger celui qui s'était longtemps promené, sans vergogne, à travers les allées dorées de la République.
Faut-il invoquer le fait que Maurice Papon a été condamné par la Cour d'assises de Bordeaux pour ce qui fut appelé - à tort ou à raison - des "crimes de bureau" où une signature de sa part permit, des dizaines de fois, la mort de personnes dont le seul tort était d'être juifs? Ajoutons le fait que Maurice Papon a tenté, après sa condamnation, de s'échapper à l'étranger et qu'il n'a jamais manifesté le moindre signe de repentir - et encore moins de pardon - envers les familles des victimes envoyées à la mort sur son ordre.

    Faire preuve d'humanité, demande Me Jean-Marc Varaut... Oui, les juifs persécutés par l'occupant nazi, parqués dans des camps puis déportés avec des complicités françaises auraient mérité que l'on fasse preuve d'humanité envers eux ! Oui, il eu fallut que l'administration française les protège et les cache pour leur éviter le sort final que l'on sait ! C'est justement pour avoir agit aux antipodes de cette humanité là que Maurice Papon, ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde, fut condamné en 1998 à dix ans de réclusion criminelle pour "complicité de crimes contre l'humanité".
Le libérer de manière discrétionnaire et dérogatoire au droit commun réduirait presque à néant le degré symbolique, le caractère historique et la portée juridique du verdict ayant conduit Maurice Papon en prison. Chacun des arguments fallacieux utilisés aujourd'hui en sa faveur est une atteinte immorale - et inexcusable - à la mémoire de ceux qui "bénéficièrent" de la signature mortelle de Maurice Papon.

Valentin LAGARES,
journaliste au mensuel Viva Magazine, ancien journaliste à L'Humanité.