
Valentin
Lagares : "N'oublions pas la signature mortelle de
Papon !"
Faire preuve d'humanité
en libérant Maurice Papon. Lancée par
Me Jean-Marc Varaut, son bouillonnant et médiatique
avocat, adoubée de manière inattendue
par l'illustre Robert Badinter, ancien garde des Sceaux
(Ps) et ancien président du Conseil constitutionnel,
cette demande est déclamée à travers
les médias de manière de plus en plus
pressante. Ainsi, il faudrait libérer ce pauvre
homme eut égard à son grand âge
et aux conditions de détention dégradantes
et inhumaines auxquelles il serait confronté
à la prison de la Santé. Entre les demandes
répétées de grâce présidentielle
et les recours indécents devant la justice européenne,
il faut reconnaître à Jean-Marc Varaut
une certaine habileté à monter des arguments
juridico-médico-humanistes pour tenter de faire
sortir son client.
Notons
cependant que la cellule individuelle et chauffée
de l'ancien secrétaire général
de la préfecture de Gironde est située
dans une partie du bâtiment dédiée
aux "VIP". Rappelons ainsi qu'elle est loin
de ressembler aux cellules glaciales, crasseuses, blafardes
et surpeuplées dans lesquelles vivent encore
nombre de détenus en France. Précisons
encore que des milliers de personnes présumées
innocentes croupissent dans des établissements
inadaptés en attente d'être jugées
ou même de pouvoir s'expliquer devant le juge
! Ces dernières mériteraient, à
n'en pas douter, que la pertinence de leur détention
soit examinée avec rectitude et rapidité,
bien plus que Maurice Papon, condamné définitivement
par la justice française.
Il
faut enfin rappeler à ceux, de droite comme de
gauche, qui ont déjà apporté leur
caution à la campagne savamment orchestrée
par Jean-Marc Varaut, quelques faits historiques curieusement
jetés aux oubliettes. Pour que l'horreur des
chambres à gaz ne voit plus le jour, pour que
l'atteinte au droit le plus élémentaire
de la personne humaine - celui d'être différent
de l'autre - n'entraîne plus la mort, le législateur
a voulu que le crime contre l'humanité soit imprescriptible.
Cette imprescribilité a permis, plus d'un demi-siècle
après les faits, d'entendre - loyalement - et
de juger celui qui s'était longtemps promené,
sans vergogne, à travers les allées dorées
de la République.
Faut-il invoquer le fait que Maurice Papon a été
condamné par la Cour d'assises de Bordeaux pour
ce qui fut appelé - à tort ou à
raison - des "crimes de bureau" où
une signature de sa part permit, des dizaines de fois,
la mort de personnes dont le seul tort était
d'être juifs? Ajoutons le fait que Maurice Papon
a tenté, après sa condamnation, de s'échapper
à l'étranger et qu'il n'a jamais manifesté
le moindre signe de repentir - et encore moins de pardon
- envers les familles des victimes envoyées à
la mort sur son ordre.
Faire
preuve d'humanité, demande Me Jean-Marc Varaut...
Oui, les juifs persécutés par l'occupant
nazi, parqués dans des camps puis déportés
avec des complicités françaises auraient
mérité que l'on fasse preuve d'humanité
envers eux ! Oui, il eu fallut que l'administration
française les protège et les cache pour
leur éviter le sort final que l'on sait ! C'est
justement pour avoir agit aux antipodes de cette humanité
là que Maurice Papon, ancien secrétaire
général de la préfecture de Gironde,
fut condamné en 1998 à dix ans de réclusion
criminelle pour "complicité de crimes contre
l'humanité".
Le libérer de manière discrétionnaire
et dérogatoire au droit commun réduirait
presque à néant le degré symbolique,
le caractère historique et la portée juridique
du verdict ayant conduit Maurice Papon en prison. Chacun
des arguments fallacieux utilisés aujourd'hui
en sa faveur est une atteinte immorale - et inexcusable
- à la mémoire de ceux qui "bénéficièrent"
de la signature mortelle de Maurice Papon.
Valentin
LAGARES,
journaliste au mensuel Viva Magazine, ancien journaliste
à L'Humanité.
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