
La boite de Pandore...
Il
y a une dizaine de jours un collectif de doctorant(e)s
et
d'universitaires lancent une pétition sur Internet.
Il s'agit de
dénoncer "l'omerta" couvrant le harcèlement
sexuel dans l'enseignement
supérieur. Des plus répandu selon les signataires.
Moins de deux
semaines plus tard la pétition a recueilli plus
de 700 signatures.
Le
site du collectif Clasches :
http://clasches.multimania.com
Libération,
puis Le Monde consacrent, l'un une pleine page, l'autre
4
feuillets, à l'appel. Articles factuels qui contiennent
toutefois des
témoignages d'universitaires, qui attestent de
l'existence de ces
pratiques, sans citer nommément quelque personne
que ce soit.
Trois
jours plus tard Le Monde publie un long article, signé
par deux de
ses journalistes, titré :
"Une
plainte pour harcèlement sexuel vise Hervé
Le Bras"
L'article
du Monde :
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3226--261171-,00.html
Hervé
Le Bras est un chercheur connu de l'INED. L'article
évoque une
plainte pour harcèlement sexuel déposée
en décembre dernier à son
encontre par l'une de ses anciennes doctorantes. Cet
article laisse pour
le moins une impression de malaise. La plaignante maintient
ses
accusations, le chercheur les nie, par écrit.
Reste que la tonalité
générale de l'article, son importance
et son titre constituent bel et
bien une accusation aussi grave qu'infamante...
Dans
un Rebonds publié avant-hier par Libération
son auteure pointe et
souligne les ambiguïtés de la démarche
des pétitionnaires du collectif
Clasches. Selon elle l'essentiel résiderait dans
la relation totalitaire
qui régit le rapport "directeur de thèse"
et doctorant(e). A contrario,
toujours selon notre auteur(e) il est un peu court de
réduire à un
qualificatif infamant ce type de relation "maître-élève",
d'où le désir
(et ses divers maléfices), n'est jamais totalement
absent...
Ci-dessous
le lien vers cet excellent Rebonds dans Libération
:
http://www.liberation.fr/quotidien/debats/020204-110008123REBO.html
Il
est d'ores et déjà à redouter que
ce thème va donner lieu à tous les
dérapages. Tout y est. Le "dévoilement"
d'une infamie aussi cachée que
répandue, la caution intellectuelle, le sexe,
le pouvoir...
Un boulevard pour les producteurs de "reality-chauds"!
Accessoirement,
la "réception" de la chose par les
medias ne va pas
manquer d'y ajouter un supplément de confusion.
Si l'on applique la
grille définissant le délit de harcèlement
sexuel élaborée par nos
pétitionnaires à l'univers médiatique,
si l'on considère par ailleurs
tant la précarité que la féminisation
de la profession de journaliste,
il est fortement à redouter qu'amalgames, comparaisons,
rumeurs et
autres insinuations ne transforment très vite
l'affaire en bombe à
retardement.
Libération
l'a très vite compris. Voir ainsi le tout récent
portrait en
DH de Claude Angeli et Stéphanie Mesnier... (Claude
Angeli est rédacteur
en chef du Canard Enchaîné).
Le
portrait de Claude Angeli et Stephanie Mesnier, finement
titré "Leur
truc en plume" :
http://www.liberation.com/quotidien/portrait/020204-100044010PROF.html
Le
Monde a ouvert la boite de Pandore en traînant
Hervé Le Bras au banc
d'infamie. Que l'on partage ou non les prises de position
du chercheur
(connu pour ses visions hétérodoxes sur
la démographie et
l'immigration), cet article marque une rupture. Calomniez,
calomniez...
Notre
quotidien de révérence a clamé
hautement à maintes reprises son
dégoût et détestation de la presse
de caniveau anglo-saxonne...
Alea jacta est.
Attendons-nous
au pire. Le Monde a franchi le Rubicon. Des spécialistes
du casting, stipendiés à cet effet par
différentes structures de
production audiovisuelle, se sont déjà
mis en quête de victimes de
harcèlement sexuel dans l'enseignement supérieur,
aux fins de constituer
un "plateau" pour une prochaine "émission
de société"...
On
imagine sans peine le tableau : témoignages de
silhouettes anonymes
au visage "flouté" et à la voix
déformée, paroles "d'experts",
animateurs émoustillés...
Nouvelle
étape dans l'obligatoire "dévoilement"
de l'intimité, sous
forme de show totalement manipulé. Vous avez
aimé "Loft Story"? Vous
allez adorez "Fac Story"...
In
fine, il est extrêmement révélateur
que ce soit LE quotidien français
de référence qui ait ouvert la boite de
Pandore, et non la télévision.
Marc
Laimé
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