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par Marc Laimé
Journaliste

février 2002


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La boite de Pandore...


Il y a une dizaine de jours un collectif de doctorant(e)s et
d'universitaires lancent une pétition sur Internet. Il s'agit de
dénoncer "l'omerta" couvrant le harcèlement sexuel dans l'enseignement
supérieur. Des plus répandu selon les signataires. Moins de deux
semaines plus tard la pétition a recueilli plus de 700 signatures.

Le site du collectif Clasches :
http://clasches.multimania.com

Libération, puis Le Monde consacrent, l'un une pleine page, l'autre 4
feuillets, à l'appel. Articles factuels qui contiennent toutefois des
témoignages d'universitaires, qui attestent de l'existence de ces
pratiques, sans citer nommément quelque personne que ce soit.

Trois jours plus tard Le Monde publie un long article, signé par deux de
ses journalistes, titré :

"Une plainte pour harcèlement sexuel vise Hervé Le Bras"

L'article du Monde :
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3226--261171-,00.html

Hervé Le Bras est un chercheur connu de l'INED. L'article évoque une
plainte pour harcèlement sexuel déposée en décembre dernier à son
encontre par l'une de ses anciennes doctorantes. Cet article laisse pour
le moins une impression de malaise. La plaignante maintient ses
accusations, le chercheur les nie, par écrit. Reste que la tonalité
générale de l'article, son importance et son titre constituent bel et
bien une accusation aussi grave qu'infamante...

Dans un Rebonds publié avant-hier par Libération son auteure pointe et
souligne les ambiguïtés de la démarche des pétitionnaires du collectif
Clasches. Selon elle l'essentiel résiderait dans la relation totalitaire
qui régit le rapport "directeur de thèse" et doctorant(e). A contrario,
toujours selon notre auteur(e) il est un peu court de réduire à un
qualificatif infamant ce type de relation "maître-élève", d'où le désir
(et ses divers maléfices), n'est jamais totalement absent...

Ci-dessous le lien vers cet excellent Rebonds dans Libération :
http://www.liberation.fr/quotidien/debats/020204-110008123REBO.html

Il est d'ores et déjà à redouter que ce thème va donner lieu à tous les
dérapages. Tout y est. Le "dévoilement" d'une infamie aussi cachée que
répandue, la caution intellectuelle, le sexe, le pouvoir...

Un boulevard pour les producteurs de "reality-chauds"!

Accessoirement, la "réception" de la chose par les medias ne va pas
manquer d'y ajouter un supplément de confusion. Si l'on applique la
grille définissant le délit de harcèlement sexuel élaborée par nos
pétitionnaires à l'univers médiatique, si l'on considère par ailleurs
tant la précarité que la féminisation de la profession de journaliste,
il est fortement à redouter qu'amalgames, comparaisons, rumeurs et
autres insinuations ne transforment très vite l'affaire en bombe à
retardement.

Libération l'a très vite compris. Voir ainsi le tout récent portrait en
DH de Claude Angeli et Stéphanie Mesnier... (Claude Angeli est rédacteur
en chef du Canard Enchaîné).

Le portrait de Claude Angeli et Stephanie Mesnier, finement titré "Leur
truc en plume" :
http://www.liberation.com/quotidien/portrait/020204-100044010PROF.html

Le Monde a ouvert la boite de Pandore en traînant Hervé Le Bras au banc
d'infamie. Que l'on partage ou non les prises de position du chercheur
(connu pour ses visions hétérodoxes sur la démographie et
l'immigration), cet article marque une rupture. Calomniez, calomniez...

Notre quotidien de révérence a clamé hautement à maintes reprises son
dégoût et détestation de la presse de caniveau anglo-saxonne...

Alea jacta est.

Attendons-nous au pire. Le Monde a franchi le Rubicon. Des spécialistes
du casting, stipendiés à cet effet par différentes structures de
production audiovisuelle, se sont déjà mis en quête de victimes de
harcèlement sexuel dans l'enseignement supérieur, aux fins de constituer
un "plateau" pour une prochaine "émission de société"...

On imagine sans peine le tableau : témoignages de silhouettes anonymes
au visage "flouté" et à la voix déformée, paroles "d'experts", animateurs émoustillés...

Nouvelle étape dans l'obligatoire "dévoilement" de l'intimité, sous
forme de show totalement manipulé. Vous avez aimé "Loft Story"? Vous
allez adorez "Fac Story"...

In fine, il est extrêmement révélateur que ce soit LE quotidien français
de référence qui ait ouvert la boite de Pandore, et non la télévision.

Marc Laimé