
Algérie
: la mémoire en questions
Didier
Daeninckx : "La génération qui occupe
le pouvoir a eu à voir avec la guerre d'Algérie..."
...
ceux qui avaient 20 ans dans les Aurès, de 1954
à 1962 ont aujourd'hui entre 60 et 70 ans et
trustent une grande partie des mandats électifs,
des directions d'administration, d'entreprises.
Ils édictent les lois, jugent, condamnent, licencient,
redéploient. Le président Chirac crapahutait
dans les commandos de chasse, Chevènement avant
de s'embarquer pour Alger, dédiait son mémoire
de doctorat à Raoul Girardet, le chef de l'OAS
Métro.
Nombre
de ces décideurs font silence sur les dix-huit
ou trente-six mois passés à réprimer
les volontés d'indépendance d'un peuple.
La fiction des "événements d'Algérie"
a longtemps masqué la responsabilité pleine
et entière de l'état français,
et les massacres, les tortures pesaient essentiellement
sur les épaules des soldats, comme s'ils n'avaient
pas reçu d'ordres, comme s'ils avaient agi de
leur propre initiative. La reconnaissance de la réalité
d'une véritable guerre menée en Algérie
permet de pointer le laboratoire des décisions
: le pouvoir politique et militaire.
Les individus peuvent enfin parler de ce qu'ils ont
fait, de ce qu'ils ont commis car la responsabilité
première est enfin assumée. On retrouve,
en pleine lumière, les clivages entre ceux qui
revendiquent toujours et ceux qui peuvent, enfin, dire
comment ils ont eux aussi été broyés."
Didier
Daeninckx
Journaliste,
auteur de romans policiers, dont "Meurtres pour
mémoire" en 1983, qui évoque les
évènements d'octobre 61, Didier Daeninckx
publie ces enquêtes sur amnistia.net.
|